Un mois que je n’avais pas écrit. Pour dire vrai, je ne suis pas très inspirée. Peut-être parce que les jours se ressemblent, que le quotidien est moins « trépidant », qu’une certaine routine s’installe. Les nouvelles se distancent et les pensées se détachent de l’émerveillement des premiers jours. Je vis la vie d’ici, avec son lot de plaisirs et de contraintes.
Je dois bien reconnaître qu'il y a des jours où je me sens plus "irritée" - ou irritable - que d'autres quant à "l'approche" interculturelle.
Si je fais des efforts pour comprendre nos deux cultures, je ne peux pas dire que mes interlocuteurs Burkinabè en fassent tous autant. Certains ont une image tellement figée de l’Occident qu'ils ne voient que des Nassara* courir après le temps et l’argent, des femmes et des hommes qui ont oublié l’essentiel : la simplicité. Et si dans le fond, ils n'ont pas tout à fait tort, cela ne fait qu'alimenter un débat trop souvent "stérile".
Comment faire autrement que de reconnaître nos différences quand on a grandi dans deux modèles, deux systèmes marqués par des croyances, des valeurs, une éducation ?
Au Burkina, les croyances – animistes ou religieuses – influencent beaucoup les façons de penser, les comportements et les choix de vie. Pour un Burkinabè, être mécréant ou athée est difficilement concevable; surtout quand on remet l'avenir à Dieu. Au pays des hommes intègres, on prie. Pas individuellement mais en communauté.
Les musulmans se réunissent pour la prière et, quand l’appel des mosquées retentit, les rues se transforment en un rassemblement de croyants, prosternés sur des tapis colorés, citant le Coran. Les chrétiens vont à la messe, leur banc sous le bras, écouter des heures durant le sermon du prêtre. Les animistes implorent les dieux et vouent leurs pensées aux âmes. Les sacrifices se pratiquent pour exaucer les vœux et conjurer le mauvais sort.
Les religions "cohabitent" très bien dans ce petit pays. Il y a une grande tolérance, et beaucoup de respect à cet égard. Une chrétienne épousera un musulman et vice versa sans que cela ne crée de problème au sein des familles. Les enfants grandiront dans les deux religions. Dans certaines communautés, comme celle des Touaregs, les membres de la famille se marient entre eux.
J'ai compris aussi que la religion est une "activité sociale" qui permet de partager un moment de vie. Ma voisine me disait un dimanche de mai de l’accompagner à la messe. Je lui ai répondu que je n’étais pas vraiment pratiquante. Elle me dit de venir, que ça n’est pas grave, qu’on sera entre nous. C’est tout.
* Nassara veut dire le Blanc ou la Blanche en mooré
J’avais promis un lexique burkinabè. Je le commence avec :
- Chosiner = faire quelque chose
- C’est pas arrivé = Ça ne suffit pas (souvent utilisé quand on négocie les prix)
- C'est gâté = C’est en panne, c’est abîmé
- C'est 100 francs, 100 francs = c'est 100 francs pour chaque produit
Pour poser une question ou demander quelque chose, les Burkinabè commencent souvent leur phrase par « de » ou utilisent le verbe « falloir ». Par exemple :
- De fermer la porte = Merci de fermer la porte
- De vider la corbeille ? = Est-ce que je peux vider la corbeille ?
- Faut faire un effort = il faut être plus conciliant ou généreux (quand on négocie les prix)
Le verbe « envoyer » signifie souvent apporter ou amener.
- D’envoyer la monnaie = Merci de rendre la monnaie
- Faut démocratiser = il faut partager
Vie courante :
- Un six mètres = un pâté de maisons (rues souvent en terre)
- Le goudron = route ou rue bitumée
- Une sucrerie = un coca cola, fanta, sprite, etc.
- Un maquis = un petit restaurant de quartier où l'on peut boire, manger et/ou danser le soir du coupé-décalé bien souvent
Formule d’usage ou de politesse :
- Bonne arrivée = bonjour, bienvenue
- Demander la route = prendre congé
- Ça fait 2 jours = ça fait longtemps
- Je te dis !! = exactement, tout à fait
- C'est comment ? = Comment ça va ? Quelles sont les nouvelles ?
Quand on est malade, il est d’usage de terminer son échange avec la personne souffrante par « Meilleure santé ». Pareil après le repas, souhaiter une « Bonne digestion ».
Le bonsoir commence entre 13 et 14h.
Les Burkinabè emploient des mots qui reviennent souvent dans la conversation :
- Voilà (avec le "a" allongé) pour dire que son interlocuteur à bien compris l'idée
- C'est ça
- "Chose" pour parler de quelqu’un
- "Ou bien" pour dire "N’est-ce pas ?"
- "Ca va aller" pour dire que les choses vont s'arranger
Le poulet bicyclette ou poulet télévision (ou télévisé) : poulet grillé, poulet à la broche. "Bicyclette" parce que les poulets au Burkina courent librement dans les rues, dans les jardins. Ils ont donc des cuisses semblables à des coureurs cyclistes. "Télévision" car le four dans lequel le poulet tourne ressemble à une télévision.
Tantie : une femme d’au moins une trentaine d'années (expression affectueuse).