J’ai presque honte d’écrire que le temps me manque. Bien trop occupée à sortir et à me divertir, je néglige la narration de mes aventures. La paresse me gagne et je deviens avare de nouvelles.
Ce soir, je rentre d’un concert au centre culturel français dans le cadre du festival de Jazz à Ouaga, bien décidée à écrire un petit quelque chose. Pas sur le concert en plein air et au clair de lune mais sur mes éternels états d’âme. Les fatigués peuvent arrêter ici la lecture mais la suite promet d’être teintée de notes humoristiques alors restez encore.
J’écrivais dans mes premiers billets que l’expérience au Burkina me permettrait de me réinventer. J’ai noté que ces derniers jours, j’avais réussi à me perdre dans cette « réinvention », dans la transition de mes deux vies, devrais-je dire trois : celle de la France, du Québec et maintenant du Burkina.
Bien sûr c’est normal. Cela fait partie du processus de changement mais je n’accepte pas l’idée de me laisser affecter par un automatisme de pensées qui m’emprisonne. Je dois nécessairement reconnecter mon être et mon bien-être avec moi-même. Je dois retrouver cette quiétude et cette attitude simple et paisible qui m’habitent. Quand je me regarde, je ne me vois plus. Une introspection s’impose, pour remettre les choses à niveau.
Il y a toujours ce petit quelque chose que l’on voudrait changer, cette imperfection qui nous rend incertain, ce malaise qui s’installe, ce tourment qui devient une obsession. Être soi-même, dans toutes les situations et à toutes les occasions, relève du défi. Cela demande une véritable discipline et un contrôle de soi.
Encore plus quand on débarque dans un nouveau contexte, en parfaite inconnue. Il est facile de tomber dans la "corruption d’identité". On se laisse tenter par le paraître et rattraper par l’envie de plaire. Pour être acceptée dans le cercle fermé de la communauté expatriée, il faut passer le test de la fille cool. Définition.
La fille cool doit aimer sortir, boire, manger, danser, éventuellement fumer. Elle doit aimer les BBQ et la piscine (surtout la piscine le dimanche parce que c’est la journée de la semaine où l’on se retrouve entre expats autour du bassin pour jaser, se tenir informé des derniers potins (souvent ceux de la veille) et bitcher à l’occasion). La fille cool doit avoir le sens de l’humour et de la répartie. Elle ne doit pas être trop laide, pas trop blonde, pas trop chiante (l’euphémisme serait « pas trop française »), pas trop compliquée, pas trop nounoune, pas trop sérieuse, pas trop coincée, pas trop indépendante, pas trop vieille, et bronzée uniformément. Elle doit avoir une tune préférée qui passe en boîte de nuit et évidemment un bikini suffisamment échancré pour la piscine du dimanche; sans bourrelets ni poils, ça va de soi (yogi et granola s’abstenir). Beaucoup de qualités et de compétences évidemment impossible à réunir chez une seule et même fille mais elle s’y emploiera, le temps de son séjour à Ouagadougou.
Sans me vanter, je pense avoir passé le test. Pas sur tous les points (comme la tune en boîte et le bikini échancré) mais dans l’ensemble. Je suis assez bien acceptée puisqu’on me texte (on m’envoie des SMS) pour sortir le soir, et parce qu’on m’appelle "Caro".
Et même si je ne me reconnais pas vraiment dans ce petit monde clos – et que probablement je ne me reconnaitrai jamais totalement, je me fais une place. Comme partout, il y a des gens supers, et d'autres moins. Chacun est là pour des raisons qui lui appartiennent. On se rend compte aussi que ce ne sont pas nécessairement les gens les plus ouverts qui vivent en Afrique. Certains sont là seulement pour profiter des avantages d’une vie confortable à l’étranger. Et même si leur choix de vie n’est pas le mien, ça ne m’empêche pas de les fréquenter ici, à Ouagadougou.
C’est tellement plus facile de penser que l’enfer c’est les autres. De prétexter qu’on ne sent pas bien à cause d'eux.
L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est la relation que l’on entretient avec eux quand on ne parvient pas à se soustraire de nos émotions, et que l’on est en prise à des sentiments qu’on ne peut contenir. On accuse l’autre d’être responsable de nos peines.
Comme l’écrit si justement Matthieu Ricard, la période de tourments (que je traverse dans ma tête) ne durera qu’un temps. Elle me permet de faire l’expérience du monde et de moi-même. Je suis confiante de me retrouver. L’égarement fait partie du voyage.
La prochaine fois, je promets que le billet sera plus léger. Je vous parlerai de l’intégration à la mode burkinabè. Un avant goût.
Il y a deux semaines, j’étais à la clinique. J’attendais de voir le docteur dans une salle d’attente remplie au tiers de sa capacité. Un peu en douce il est vrai, je sors un chewing-gum de mon sac pour calmer mon impatience. Au moment où je m’apprêtais à le mâchouiller, une infirmière, le sourire au coin des lèvres, me glisse en passant à côté de moi : « Faut démocratiser ». Mon incompréhension m’amène à lever le regard et à lui demander pardon. Elle répète sur le même ton de voix, nonchalant mais affirmé : « Faut démocratiser ». Je lui demande ce que cela signifie. Elle me répond « Que vous n’êtes pas d’ici ». La discussion s’arrête là. Je la recroise un peu plus tard. Elle me regarde les mêmes yeux rieurs, le même sourire moqueur. Je comprends que j’aurais du partager mon paquet de chewing-gum avec le reste de la salle. Impression confirmée le lendemain par une collègue burkinabè. Mon individualisme occidental avait zappé le détail du partage; pas l’infirmière, et probablement pas les dix autres personnes de la salle d’attente.
mercredi 28 avril 2010
jeudi 15 avril 2010
La pluie des mangues
41 jours que je suis ici, 41 jours que je n’avais pas vu la pluie. Elle est arrivée hier, avant minuit. Ca commençait à être dur pour la Normande que je suis !
Le ciel grondait. Au loin des éclairs. Plus proche le tonnerre. De ma fenêtre, j’observais le vent balayer la cour, son souffle arracher les dernières feuilles fébrilement accrochées aux branches. J’écoutais et j’observais. L’atmosphère était humide. L'odeur de la terre dans l'air. Quelque chose devait se passer. Il allait pleuvoir. La journée avait été tellement chaude. 45 degrés à l’ombre.
Deux heures avant, des gouttes de sueur perlaient encore sur nos fronts d'expatriés alors que nous buvions une bière fraîche au De Niro, éclairés par les phares des motos et plus rarement des autos, et par les habitations avoisinantes qui bénéficiaient d'une génératrice parce qu'une fois encore, l'électricité nous avait lâché. Délestage dans le quartier. Pas assez de courant pour tous. Sans ventilo ni clim, nous ne parlions que de ça, de l'insoutenable chaleur !
Là, allongée sur mon lit, j’attendais la pluie. Elle est arrivée. Timidement. Quelques gouttes sur la terre rouge. Une fausse pluie pour reprendre les mots de ma collègue burkinabè. La première pluie, celle des mangues qui lave les fruits de saison, sucrés et juteux.
Après une heure, le vent a fui, emportant avec lui la pluie. Le lendemain, l'air semblait plus frais. Impression vite dissipée à l'heure du midi, quand le soleil était à son zénith. La saison chaude durera jusqu'en juin et après, ce sera celle des pluies.
En attendant, les mangues sont propres, délicieuses, pour certaines encore vertes, solidement accrochées aux arbres.
Le ciel grondait. Au loin des éclairs. Plus proche le tonnerre. De ma fenêtre, j’observais le vent balayer la cour, son souffle arracher les dernières feuilles fébrilement accrochées aux branches. J’écoutais et j’observais. L’atmosphère était humide. L'odeur de la terre dans l'air. Quelque chose devait se passer. Il allait pleuvoir. La journée avait été tellement chaude. 45 degrés à l’ombre.
Deux heures avant, des gouttes de sueur perlaient encore sur nos fronts d'expatriés alors que nous buvions une bière fraîche au De Niro, éclairés par les phares des motos et plus rarement des autos, et par les habitations avoisinantes qui bénéficiaient d'une génératrice parce qu'une fois encore, l'électricité nous avait lâché. Délestage dans le quartier. Pas assez de courant pour tous. Sans ventilo ni clim, nous ne parlions que de ça, de l'insoutenable chaleur !
Là, allongée sur mon lit, j’attendais la pluie. Elle est arrivée. Timidement. Quelques gouttes sur la terre rouge. Une fausse pluie pour reprendre les mots de ma collègue burkinabè. La première pluie, celle des mangues qui lave les fruits de saison, sucrés et juteux.
Après une heure, le vent a fui, emportant avec lui la pluie. Le lendemain, l'air semblait plus frais. Impression vite dissipée à l'heure du midi, quand le soleil était à son zénith. La saison chaude durera jusqu'en juin et après, ce sera celle des pluies.
En attendant, les mangues sont propres, délicieuses, pour certaines encore vertes, solidement accrochées aux arbres.
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