dimanche 28 mars 2010

Moment présent

Récemment sur son blog, Matthieu Ricard parlait de l’abandon et des bénéfices de laisser tomber le superflu, le vain et l’inutile au profit de l’essentiel. Il évoquait le fait que dans la vie, il fallait savoir se détacher des préoccupations qui ne contribuent en aucune façon à notre bonheur véritable mais plutôt être conscient de n’abandonner, à aucun prix, la poursuite de ce qui en vaut vraiment la peine : la transformation de soi en vue d’accroître le bien-être des autres et de remédier à leur souffrance.

J’ai trouvé dans ses mots le sens de mon engagement au Burkina et le pourquoi de mon départ en Afrique. Il a su traduire ce en quoi je crois et que j’avais oublié ces dernières semaines : l’altruisme, cette force qui peut nous ouvrir les portes de la connaissance de soi et des autres.

Me concentrant sur mes préoccupations, j’en oubliais le bien-être d’autrui, condition intrinsèque au bonheur véritable.
Mon égo me disait : « Toi qui as tant voyagé, pourquoi ne t'adaptes-tu pas mieux ? ». En l'écoutant, je m’éloignais de moi. Je me perdais dans les doutes et le questionnement. J’oubliais de vivre le moment présent. Je m’enfermais dans une bulle pour tout ignorer des réalités. Et pourtant je suis ici, en Afrique, au Burkina Faso. Je dois trouver l’humilité d’écouter les gens que je rencontre, d’apprendre d’eux et du pays dans lequel je vis. Et si le temps me semble toujours en suspend, je m’oblige à ne pas le retenir et à ne pas l’anticiper. J’essaie de le laisser aller, tout simplement, en me nourrissant de ce qui m’entoure, en allant vers les autres. Prendre les choses comme elles viennent, avancer dans la vie avec confiance sans trop se projeter. Se laisser porter par le vent et voir où il nous mènera.

Ma mère m’écrivait : « tu es une jeune femme courageuse, peut-être un peu naïve sur notre pauvre monde. Il devra changer un jour sinon ce sera le chaos ».
Mais pour qu’il change Maman, il faut l’aider par des actions collectives et une conscientisation. Bien sûr cela paraît illusoire, utopique, mais quel autre choix avant nous : œuvrer pour un monde plus juste ou fermer les yeux sur un monde en triste devenir ? Je choisis la première option parce que je refuse le pessimisme et la peur. Parce que je veux regarder le monde avec des yeux qui sourient même si parfois, j’ai la triste impression qu’ici, en Afrique, une vie ne vaut pas grand-chose.

Dans mon quotidien, je commence à trouver mes repères. J’ai aménagé ce week-end dans un appartement. Je croise mes voisins burkinabè, tous très gentils et accueillants. A 4h30 du matin, je suis réveillée par l’appel à la prière – il y a une mosquée non loin de là, et un peu plus tard, par le chant du coq. Des enfants jouent dans la cour. Le lieu est vivant.

Avec ma moto, je circule dans les rues de Ouaga, librement mais prudemment, un casque sur la tête. La semaine dernière, je suis allée au village avec une amie et un groupe de jeunes burkinabè. Nous avons visité un marché avec les odeurs de l’Afrique. Et puis nous avons mangé de la viande de lièvre en brousse. C’était chouette d’être là. Nous sommes rentrés les pieds et le visage plein de poussière mais le sourire aux lèvres. Heureuse d'avoir vu un peu plus de l'Afrique.

En termes professionnels, les défis sont grands. Mon mandat est double : appuyer un partenaire du secteur de la jeunesse au niveau du renforcement de ses capacités organisationnelles et contribuer à la capitalisation des savoirs et des leçons apprises de l’organisation pour laquelle je travaille.
C'est à la fois stimulant et épeurant d’évoluer dans un contexte qu’on ne connaît pas. Il faut être prudent, prendre son temps, écouter, observer, se fixer des objectifs réalistes avec les partenaires. Difficile de mesurer le concret et l'impact de notre travail. Il nous faut sans cesse penser stratégies, développement durable, résultat ultime. Pour être tout à fait honnête, je me demande parfois ce que ça veut dire et comment c’est mesurable. En quoi nos actions font une différence et pourtant, c’est sûr, la différence est là. Non palpable mais réelle.

Voila pour aujourd’hui. Partager mon quotidien et ce que je vis est une bonne thérapie qui m’aide à avancer et à me comprendre. C'est aussi ce qui restera au terme de cette expérience de vie.

Je suis heureuse d’être ici. Je m’accroche à un début un peu difficile, avec la ferme intention de garder le sourire, de me connaître un peu plus encore et de rester à l’écoute des autres.

lundi 22 mars 2010

L’harmattan

Ce vent chaud du nord-est souffle sur Ouaga depuis 3 jours. Il transporte les sables du Sahara et se déplace vers le sud. Il laisse derrière lui une fine poussière qui pique les yeux et la gorge. A moto, on roule un foulard sur le nez. On se croirait dans un rallye.
En fin de journée, la lumière est belle. Le ciel devient orangé. L’air reste chaud. L’atmosphère s’obscurcit. On devine les silhouettes dans le brouillard. L'ambiance nous transporte dans un autre monde. Combien de jours soufflera-t-il encore ?

lundi 15 mars 2010

Services de santé burkinabè

En mal d’inspiration, j’ai testé pour vous les services de santé burkinabè, de qualité s’il vous plait.

Je me suis réveillée samedi avec 39,5 de fièvre, un vrai mal de gorge et des courbatures. Ca n’allait vraiment pas bien. Direction la clinique. Diagnostic : angine avec début de bronchite.

Je vous raconte l’épisode. J’arrive à la clinique vers 11h45. Je demande à la réceptionniste si un médecin est de garde. Dans une lenteur africaine, la dame me répond que 3 ou 4 personnes attendent déjà. Après une pause dans la phrase, elle me dit qu’un deuxième médecin devrait arriver à midi … Inch’Allah ! Je comprends que ça peut être long mais dans mon état, je n’ai pas le choix. Je m'assois et je prends mon mal en patience. A midi pile, le docteur, une jeune femme très efficace, me reçoit, m’ausculte avec attention, me prescrit la médication nécessaire et le test de la goutte épaisse pour détecter un éventuel palu ainsi qu’un test sanguin complet pour m’assurer que le mal ne viendrait pas d’ailleurs. Pour cela, elle m’envoie dans une autre clinique. Je prends un taxi collectif (vieille bagnole verte qui roule on se demande comment). Je paye la course 200 FCFA, passe les tests et reprends un autre taxi pour me rendre cette fois-ci à la pharmacie. Je négocie la course. Encore. Tout se marchande ici, même à 39 de fièvre. Je tente de garder l’esprit clair. Pas évident. La nuit déjà je délire, me réveillant en sueur, perdue entre le Québec, la France et l’Afrique.
A 16h, je retourne chercher mes tests. Heureusement, et comme je m’y attendais, tout est correct. Je me traite donc aux antibiotiques et rattrape la fatigue en dormant 12 heures par jour. Aujourd’hui dimanche, ça va beaucoup mieux. J’ai même pu profiter d’une petite baignade et parfaire mon langage d’expat autour de la piscine.

Dans tout ça, j’ai eu le temps et l’énergie d’investir dans une moto pour me déplacer seule dans cette grande ville de Ouaga. Je dois dire que je suis assez fière de moi. J’ai réussi à me rendre aux endroits voulus, sans me perdre, me faufilant parmi les autres motos, vélos, autos, piétons, charrues, etc. Un immense bordel presque indescriptible. Il faut le vivre pour le comprendre. En tout cas, je reste en mode apprentissage en commençant à trouver mes repères. La vie est ici, à un autre rythme.

mercredi 10 mars 2010

Symptôme : choc culturel

"Finalement en route vers ton bien aimé Burkina", m'écrivait un ami congolais; un Burkina que j’avais aperçu il y a 3 ans et que je regarde aujourd’hui avec des yeux nouveaux. J’avais laissé dans ma tête d'autres souvenirs, d'autres odeurs aussi.

Me voici donc à destination après 12 heures de vol, 2 escales (Casablanca et Niamey), 5 heures de décalage. Accueillie par un chaleureux bonjour et bienvenu en Afrique.

Demain, ce sera le temps de la rencontre avec l'équipe, l'inscription à l'Ambassade du Canada, l'achat d'un cellulaire, l'ouverture d'un compte bancaire, les visites de maisons, et un peu de repos.

Premières impressions : elles sont bonnes mais il reste un mais.
Rappelez-vous mon billet du 25 janvier avec la courbe de hauts et de bas. Et bien j’y suis, à l'étape du choc culturel. Déjà en processus d’adaptation. Jamais assez préparé. Trop rapidement de retour de lune de miel.
Et même si ça n’est pas mon premier voyage ni ma première expérience outre-mer dans un pays en développement. Même si je suis à la capitale et bien encadrée, j’ai le blues, la nostalgie, les questions qui viennent avec les doutes. Symptôme : fatigue culturelle, physique et psychologique.
Une autre réalité : ma vie à Montréal me manque. Pourtant, je n’y pense pas trop; la distance aidant.
Je suis la petite nouvelle, fraîchement débarquée par plus 40 degrés. Je voudrais maîtriser mes émotions, trouver rapidement mes points de repère, m'entourer de bonnes personnes, paraître déterminée.
Laisse-toi le temps me dit mon esprit éveillé. Laisse-toi le temps de comprendre avant de te lancer tête baissée dans l’aventure. Développe des stratégies. Pose-toi LA vraie question : pourquoi es-tu ici ? Parce que l'expérience sera riche, humaine, palpitante.

J’ai trouvé en relisant mes notes de quoi me donner confiance :
« Le fait est qu’un grand nombre de ceux dont l’activité à l’étranger sera la plus efficace subiront au départ un choc culturel intense.* »

* Selon une étude des conseillers techniques canadiens à l’étranger sur l’efficacité interculturelle, 2001