Le Pays des hommes intègres connait ses quatrièmes élections depuis le coup d’État de 1987 qui a installé Blaise Compaoré au pouvoir. Depuis presque 24 ans, le fondateur de l'actuel parti le Congrès pour la démocratie et le progrès est réélu Chef de l’État avec une majorité de voix écrasante. En 2005, les partis d’opposition ont dénoncé le manque de transparence en boycottant les élections mais cela n’a pas empêché M. Compaoré d'enregistrer 80% des voix et de profiter pour 5 ans encore de son confortable palais de Kosyam.
Cette année, l’opposition a déclaré vouloir faire front commun en ne proposant qu’un seul candidat face au président sortant mais l’appel au pouvoir n’a laissé personne indifférent et la "stratégie" invoquée n’a pas porté ses fruits puisque 7 candidats se sont partagés le vote des « anti-Blaise » soit environ 20% d’un électorat désabusé et très peu mobilisé. Difficile d’ailleurs d’estimer exactement le nombre de votants. Sur les quelque 3,2 millions d'électeurs inscrits, 50 % seulement se seraient rendus aux urnes le 21 novembre dernier (sur une population d’environ 15 millions d’habitants dont 7 millions en âge de voter).
Malgré leur participation au processus démocratique, les partis d’opposition, visiblement déroutés face à la "machine électorale Compaoré" ont dénoncé jusqu’au bout (2 jours avant le scrutin) le manque de transparence. Dans une tentative désespérée de faire retarder l’échéance électorale, ils ont évoqué les possibles fraudes dues à l’absence du lieu de naissance sur les cartes d’électeurs. Qu’à cela ne tienne, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a remédié aux possibilités de votes multiples en obligeant chaque votant à tremper son auriculaire dans une encre indélébile qui résisterait plusieurs jours (selon les dires). Non satisfait du déroulement du scrutin, l’un des opposants a même déclaré ne pas voter pour dénoncer la fraude. Aveu étonnant pour un candidat à la présidentielle. L’anecdote populaire raconte qu'il n’aurait pas eu tous ses papiers en règle pour voter.
Douze observateurs européens, mandatés pour noter le bon déroulement des élections, ont qualifié le processus électoral de "transparent" et ont déclaré ne pas avoir été témoins de fraudes ou d’éléments pouvant entacher les résultats du scrutin.

Pourtant le dépouillement des bulletins de vote a duré plus que de raison puisque 4 jours se sont écoulés entre les élections et l’annonce officiel des résultats. Les pronostics accordaient alors la victoire au président sortant Blaise Compaoré avec plus de 80% des voix. C’est donc sans surprise que la population burkinabè a accueilli le verdict de la CENI. De l’avis de tous et toutes, le résultat était connu d'avance et il s’agissait là d’un scrutin sans grand enjeu.
Commence aujourd’hui la véritable bataille du président Compaoré à savoir trouver un moyen de modifier la constitution pour pouvoir se représenter à la fonction de Chef de l’État dans 5 ans (2010 devant être son dernier mandat). Rendez-vous en 2015 !
LES ÉLECTIONS VUES PAR DEUX OBSERVATRICES ÉLECTORALES IMPROVISÉES
Ouagadougou, dimanche 21 novembre 2010
14h. Alors que le soleil chauffe, que les températures avoisinent les 35 degrés, que la plupart de nos compatriotes expatriés se prélassent au bord de la piscine, les pieds en éventail, à siroter un jus d’ananas frais (ça pourrait être moi certains dimanches ;-) nous, nous sillonnons les rues de Ouaga, à deux sur une moto 4 vitesses, à la recherche d’électeurs/électrices et de bureaux de vote. Lina, pilote au sens de l’orientation aiguisé. Moi affublée de mon appareil photo.
Première étape : Visibilité et campagne électorale



Des panneaux d’affichage partout dans la ville présentent Blaise comme le bâtisseur d’une nation moderne. La veille encore, on pouvait voir des affiches en format A4 des autres candidats, collées sur les troncs d’arbre. Aujourd’hui, plus rien - ou presque. Une ou deux demeurent par çi par là. Elles ont été remplacées par le slogan rassembleur de Blaise « Avançons ensemble ». Propagande ? Non quand même !!
Deuxième étape : Participation et bureaux de vote
Après avoir dépassé le QG de Blaise Compaoré, direction les bureaux de vote pour observer ce qu’il s’y passe. Mais où sont-ils au fait ces bureaux de vote ? Dans les mairies de quartier ? Non. Un collègue Burkinabè devrait le savoir. On l'appelle. Réponse : dans les écoles. Nous en visitons deux. Pas grand animation. On rentre dans une salle de classe. Une urne scellée. Un pupitre retourné en guise d’isoloir. Un garde armé posté à la porte. Dissuasif. Quel message doit-on comprendre ? Si tu ne votes pas pour "tu sais qui", gare à toi !


On pose quelques questions. On nous demande si nous sommes des observateurs européens (parce que nous sommes blanches). Nous répondons que non. Que nous sommes juste des observatrices curieuses. Les bureaux fermeront à 18h, ouvert depuis 6h le matin avec une pause déjeuner. Quoi ? Surprises de constater que les personnes qui sont censées assurer la permanence ferment les bureaux de vote pour manger et que les électeurs venus à ce moment là doivent repartir chez eux pour revenir plus tard, s’ils reviennent. Déjà qu’ils ne sont pas nombreux. C’est à décourager le monde de voter.
Troisième étape : Rafraichissant et Café de Vienne
Après s’être arrêtées prendre quelques photos aux abords du marché (déserts et sales)- le message de Blaise résonne dans nos têtes : Ensemble bâtissons une nation moderne - et après une bonne heure et demie à circuler dans les rues de Ouaga, une pause au Café (climatisé) de Vienne ne serait pas de refus. Intégrées certes mais toujours expatriées. Rapide bilan de l’après-midi autour d’un jus frais qui n’a rien d’autrichien. On reprend la route, direction la CENI (commission électorale nationale indépendante). Zéro activité. Fin de la journée. Il est 16h passé. Retour à la maison. Séance de yoga/relaxation.
Collaboration : Lina Demnati
