lundi 19 septembre 2011

Discussions de tanties

Samedi matin, une rencontre entre tanties du quartier se prépare. A l’ordre du jour :

1. le déménagement du voisin du dessus
Un seul mot : ouf !!


2. le soumbala

Une épice très odorante utilisée en Afrique de l’ouest, notamment dans les sauces qui accompagnent le riz. Voila comment il se présente : on le fait sécher au soleil avant de le piler et de l’utiliser en cuisine (boules noires à gauche sur la photo). Amateur de tô au soumbala (plat typique du Burkina), à vos fourchettes !

3. la teinture au henné
Souvent à l’occasion de mariages ou autres grandes cérémonies, les femmes se teignent les mains et les pieds. Cette semaine, c’est ma voisine de pallier que j’ai trouvé installée sur une chaise, un sac plastique autour des poignets et des chevilles, et un autre sur la tête. Elle se faisait une teinture au henné, pour cacher quelques cheveux blancs et se faire un soin de peau. Choco !!

4. les produits de beauté
Certaines femmes africaines utilisent des produits pour se blanchir la peau (cette pratique est moins répandue chez les hommes). Inutile de dire que cela n’est ni bon ni recommandé pour le corps. L’effet recherché (métissé) n’est pas garanti et laisse souvent des traces sur la peau. Culte de la peau blanche ou besoin de paraître différent, jusqu’où aller ?!

5. les pagnes du grand marché
Une des tanties du quartier marie sa nièce. Impératif donc de se rendre au grand marché acheter le plus beau tissu coloré pour honorer l’événement et être fidèle à sa réputation de femme soignée.



Et pour finir, une devinette :

Au Burkina, comment appelle-t-on des lunettes de star ?

Réponse : des « je me fous de ma belle mère ». Hihi !!


Cité Socogib, zone du bois, Ouagadougou, Burkina Faso

vendredi 9 septembre 2011

La situation des jeunes au Burkina Faso

Si il est admis et reconnu que 60 % de la population au Burkina Faso a moins de 20 ans et qu’elle représente l’avenir du pays, il est moins évident de lui reconnaître un droit pourtant fondamental : celui d’être entendu.

Forum national de la jeunesse à Bobo Dioulasso (Burkina Faso), décembre 2008 (photo CNJ-BF)

Au Burkina Faso, la notion de jeune (1) est souvent reliée à la responsabilité de la personne et la valorisation des acquis et des connaissances, et se fait à travers l’expérience de vie. Dans une société encore fortement marquée par les traditions et la gérontocratie, le point de vue décisionnel des jeunes reste faiblement pris en compte et l’implication de la jeunesse dans les stratégies et politiques de développement national est loin d’être systématique (comme le mentionne pourtant la charte africaine de la jeunesse ratifiée par le Burkina Faso en 2008).

La politique nationale élaborée en 2008 sous l’égide du Ministère de la jeunesse et de l’emploi prévoit une plus grande implication des jeunes dans la vie de la nation, notamment à travers le renforcement des organisations de la société civile. Seulement, les initiatives mises en œuvre restent minimes et souvent inadaptées aux besoins exprimés par les jeunes. Les budgets pour les activités liées à la jeunesse restent difficiles d’accès et souvent contrôlés par l’État. Il est à noter également le risque latent d’instrumentalisation des jeunes et de récupération politique.

En plus de ces difficultés, la jeunesse burkinabè doit faire face à une autre problématique majeure : le niveau de chômage croissant chez les jeunes.

Cette tendance s’inscrit dans un contexte mondial où il est estimé que le taux de chômage mondial chez les jeunes a atteint son plus haut niveau jamais enregistré et qu’il devrait continuer d’augmenter selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié à l’occasion de la journée internationale de la jeunesse le 12 août 2010 (2).

Selon les données de l’ANPE Burkina, environ 75% des chômeurs en milieu urbain sont des jeunes de 15 à 29 ans et près de 60% des jeunes de cette tranche d’âge n’ont jamais eu d’emploi rémunérateur.

Dans les économies en développement comme celle du Burkina Faso, la vulnérabilité des jeunes s’exprime en termes de sous-emploi et d’accroissement de la pauvreté.

Il est estimé que d’ici 2015, 140 000 personnes arriveront chaque année sur le marché du travail pour seulement 20 000 emplois créés (3). De plus en plus de jeunes diplômés sortent des universités sans possibilités de trouver un emploi décent. Ils sont sur qualifiés pour les postes qu’ils occupent ce qui engendre un découragement chez les jeunes compromettant leurs perspectives d’avenir et d’emploi futur et dans certains cas un prolongement de l’inactivité. Les conséquences sont aggravantes : augmentation du nombre de jeunes travailleurs bloqués dans une situation de pauvreté et multiplication des impacts socio-économiques néfastes (prolongement du cycle de pauvreté au travail, précarité, oisiveté, insécurité/instabilité sociale et économique, etc.).

Également, la croissance du secteur informel est un problème majeur qui ne favorise pas une économie durable et qui maintient les jeunes dans une situation de précarité, sans aucune garantie.

En Afrique subsaharienne près de 60% des jeunes vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 2$/jour) et plus de 33% vivent sous le seuil d'indigence (moins de 1$/jour). (4)

La pauvreté ne se mesure pas uniquement sur des bases économiques.

Formation de jeunes femmes aux métiers non traditionnels (photo Oxfam-Québec)

L'accès à l'éducation et à la santé, les conditions de vie, l'accessibilité à l'eau potable et la qualité de la nutrition sont autant d'indicateurs qui reflètent la pauvreté des jeunes.

Plus de 20% des jeunes filles âgées de 15 à 24 ans sont sous-alimentée ce qui a pour conséquences une mauvaise santé physique, une fragilité face aux maladies, une difficulté pour les jeunes mères d'allaiter correctement leurs nouveaux nés.

Autre indicateur de pauvreté chez les jeunes, la surpopulation des ménages et la fragilité de l'habitat sont autant de facteurs qui rendent le jeune plus vulnérable. De même, plus de la moitié des jeunes n'ont pas accès à l'eau potable et connaissent donc des conditions d'hygiène qui ne sont pas favorables à leur épanouissement. De fortes différences existent entre la population rurale et urbaine. Au Burkina Faso par exemple, 47,5% des ménages urbains ne sont pas raccordés au réseau électrique et ne peuvent donc pas avoir accès à certains médias (internet, journaux télévisés), en zone rurale ce chiffre grimpe à 99% (5).

D’autres problématiques liées à la jeunesse burkinabè

Formation des jeunes femmes en production de savon liquide, groupement économique de Kokologho au Burkina Faso, février 2011 (photo Andréanne Bourque)

Le manque de formation professionnelle et l’inaptitude à l’esprit d’entreprenariat, le faible taux de scolarisation supérieure (3,51% chez les hommes contre 1,22% chez les femmes), l’insuffisance des ressources financières et des bourses d’études, l’accès difficile au crédit, la discrimination envers les jeunes – plus marquée encore envers les jeunes femmes – en matière d’offre d’emploi (cela dû au manque d’expérience), la marginalisation et/ou l’exclusion de groupes cibles vulnérables tels que les jeunes handicapés, les jeunes de la rue, etc. En milieu rural, ces problématiques se trouvent accentuées par le non-accès aux terres cultivables, le manque de mécanisation agricole, la mauvaise organisation de travail, l’écoulement difficile des produits, le choix réduit des variétés culturales, etc.

La pauvreté dans laquelle se retrouvent trop de jeunes ne leur permet pas d'avoir accès aux outils nécessaires à un bon développement (logement, éducation, système de santé mais aussi loisir, culture, épanouissement physique) et ne favorise pas leur participation active dans la vie de leur société. C’est pourquoi, des organisations comme Oxfam-Québec se mobilisent pour tenter d’apporter une réponse à ces problématiques en choisissant d’axer leur intervention sur l’autonomisation des jeunes. Elles croient qu’en augmentant leur pouvoir économique (par la création d’entreprises et le développement du secteur privé) et en favorisant l’accès à l’information, cela aura une incidence directe sur la diminution de la pauvreté et du chômage et sur l’accès des jeunes aux services sociaux de base. A moyen terme, cela leur permettra d’augmenter leur pouvoir décisionnel au sein de la société.

Permettons aux jeunes femmes et hommes burkinabè de devenir des acteurs de changement engagés et avertis, garants de leur propre développement !


(1) Selon la charte africaine de la jeunesse, toute personne âgée de 15 à 35 ans est considérée comme "jeune"

(2) Sur les 620 millions de jeunes économiquement actifs, âgés de 15 à 24 ans, 81 millions étaient sans emploi fin 2009. Le taux de chômage des jeunes est passé de 11,9% en 2007 à 13% en 2009.

(3) Ministère de la Jeunesse et de l’Emploi, Politique Nationale de l’Emploi (PNE), décembre 2009

(4) Seuils définis par les Nations Unies

(5) World Youth Report 2007. Young People’s Transition to Adulthood: Progress and Challenges. UN, New York 2007

mercredi 7 septembre 2011

Un zébu pour 300 000 francs CFA

Dimanche matin, le marché de bétail de Fada N'Gourma ouvre ses portes accueillant marchands et éleveurs de zébus, moutons, chèvres, ânes, pintades, etc.

Nombreux sont les Peuls venus acheter du bétail à bons prix. Habillés en tenue longue et coiffés d’un turban, ils sont reconnaissables à leur silhouette allongée et à leurs traits fins.





Les hommes ne semblent pas faciles en affaires. Les lèvres pincées, le sourire absent, ils discutent les prix. Les animaux se négocient en fonction de leur taille, de leur poids, de leur âge et de leur santé. En cette période de soudure (1), les animaux sont bien chétifs. Aux dires des éleveurs, un bon bœuf peut se vendre jusqu’à 300 000 francs CFA négociable (2).



Les femmes, elles, se distinguent à leurs tissus colorés et aux nombreux bijoux qu'elles portent (surtout les boucles d’oreille). Leurs visages me font penser aux jeunes filles du Sahel rencontrées quelques mois plus tôt, dans le nord du pays.

Le lieu, gracieuseté de la coopération suisse, s’anime avec l’arrivée et le départ des camions de bétail. On grimpe les zébus sur le toit des bétaillères et les chèvres au dessus des minibus. Toutes destinations.





Faux pas

Nous étions sur le point de quitter le marché quand un agent de police nous prie de bien vouloir le suivre; nous étant un groupe de 6 Nassara (blancs en moore), 1 Camerounais et 1 Burkinabè albinos (inutile de préciser que l'inaperçu ne faisait pas partie du moment).
Nous osons demander à l'agent « Pourquoi ? Que se passe-t-il ? ». Il nous répond de le suivre seulement, que le chef du marché demande à nous voir. On sait que ça n’est pas pour nous offrir le thé mais plutôt pour nous soutirer quelques francs CFA pour les photos « volées ».
Cette invitation ressemble à un ordre et n’appelle pas de réponse de notre part. Pourtant, nous entamons la discussion, inutilement. Après quelques minutes, nous capitulons au risque d’envenimer la situation. Nous nous présentons au chef qui, tout discutant avec les marchands, nous demande effectivement de quel droit nous avons pris des photos et avec quelle autorisation. Il ajoute que la moindre des choses aurait été de venir se présenter à lui à notre arrivée. Bref, nous avons enfreint les règles de la « chefferie » et de surcroit celles de la bonne conduite. Un outrage dans le pays ! Même si nous le savions, cela ne nous a pas empêché - une fois de plus – de déroger aux us et coutumes burkinabè.
Toujours difficile pour un esprit occidental de se soumettre aux règles du non-dit, à l'autorité (pour ne pas dire à l'abus de pouvoir); de s'en tenir aux limites de ce qui est permis de dire ou de faire; de laisser notre fierté de côté; de ne pas se laisser gagner par le sentiment d'injustice. Difficile de contenir cet esprit rebelle conditionné par nos façons de faire, de dire, d'agir, de penser. Bien sûr, un peu de retenue nous aurait évité le faux pas interculturel.
Tout s’est finalement bien terminé aux termes d’une discussion en langue locale entre le chef du marché et notre ami burkinabè. Quelques minutes ont suffi pour rétablir des rapports cordiaux. Les excuses présentées et acceptées, nous quittons le marché. Puisse cette histoire nous servir de leçon.

(1) La soudure est la période qui précède les premières récoltes et où le grain (céréales) de la récolte passée peut venir à manquer. Généralement elle s'étend de juin à septembre.

(2) 460 euros ou 630 CAD



Fada N'Gourma
Communément appelée Fada, cette ville est la capitale de la région de l’est du Burkina Faso située à environ à 200 km de Ouagadougou et à 150 km des frontières nigérienne et béninoise. Au dernier recensement (en 2006), l’Institut national de la statistique et de la démographie du Burkina Faso comptait 41 785 Fadalais et Fadalaises parlant la langue locale gulmancema. Fada est notamment réputée pour son miel de fleurs de karité (fort en goût !!).