Je respire l’odeur de la mer laissée sur les galets d’Étretat, ramassés la semaine dernière, aujourd’hui posés sur la table de mon salon ouagalais. Avec un brin de nostalgie il faut bien l’avouer.
L’été 2010 s’achève là, sur le seuil de la porte de la maison en Normandie, par un gros baiser à chacun de mes neveu et nièces et par un "à très bientôt" à ma chère maman. Il faut bien repartir. Direction l’aéroport de Paris. Enregistrement des bagages. Embarquement immédiat. Au revoir Papa. Bye bye la France. Salut le Maroc. Bonjour Ouaga.
Dans l’avion, je réalise que la vie passe ainsi, par étape qui s’achève. Impossible de retenir le temps; seulement les bons moments. A quoi bon s’encombrer du reste. Je retourne au Burkina, un peu à tâtons, un peu à reculons. Dans une vie que j’ai choisie et que je sais unique. Je retrouve les idées qui m’ont fait venir jusqu’ici. Les convictions qui m’animent. Ce n’est pas pour me raconter que j’écris mais bien pour me détacher de mon personnage. Je relis les mots de mes premiers billets, les craintes et les illusions, l’expérience déjà vécue. Bien sûr, mon regard a changé. Impossible à raconter encore. Il me faudra quelques années et beaucoup de recul pour exprimer plus justement ce que je ressens. Je reste dans l’émotion du moment présent, tiraillée par des questions stupides qui n’attendent aucune réponse puisque elles viendront d’elles-mêmes, avec le temps. Je dois faire confiance au monde qui m’entoure, aux gens que je rencontre, aux hasards de la vie, aux choix que je fais, à moi-même.
Malgré ces sages pensées, un drôle de sentiment m’habite depuis mon retour, celui d’avoir vécu un temps entre parenthèses où la réalité n’était pas la même. Le monde différent. Le temps aussi.
Je suis rentrée il y a à peine une semaine et cela me semble déjà une éternité. Comme si je n’y étais jamais allée, sur cette plage que j’aime tant. Comme si je n’avais jamais quitté ces lieux que je reconnais sans vraiment les regarder, ces gens que j’écoute sans vraiment les comprendre. Je redeviens la blanche à moto, à nouveau étrangère dans un environnement que je ne maîtrise pas. J’essaie de me convaincre que ça viendra avec le temps. Même si je sais que non. Mon inconscient me donne à écouter le silence de la campagne normande. Il me fait sentir l’odeur de l’herbe fraichement coupée ou celle du blé que l’on vient de battre. Il dépose sur mes papilles le goût sucré des pommes. Je touche la terre humide qui m’a vue grandir, je regarde les parapluies s’ouvrir dans le crachin honfleurais. Ce ne sont pourtant que des images de ma mémoire. Ici, je n’ai pas de souvenirs, ou très peu. Cette idée m’isole. Elle me rend solitaire. Cette solitude qui pourtant ne m’ennuie pas, ou rarement. Où que je sois, je l'apprivoise. Elle me plait même parfois. Elle m’habite sans question. Au Burkina, c’est différent. Elle devient pesante, synonyme d'éloignement, presque d’abandon. Elle a quelque chose de triste. Ici, tout ou presque se partage, même le besoin de se retrouver seule. Ah maudit exil !
Un moment des vacances qui me revient. Une discussion avec le vendeur de fruits et légumes sur le marché d’Honfleur. Me voyant avec mon appareil photo en bandoulière, il me demande :
- Alors, c'est la journée photo ?
Je lui réponds que non, que ce serait plutôt une journée souvenir.
- Ah bon ?! Parce que vous habitez loin ?
Sans vouloir entamer la discussion je lui réponds que oui, à quelques milliers de kilomètres, mais que je suis une fille de la région. Il comprend à mon air peu bavard que la conversation s’arrêtera là. Pour finir, il ajoute :
- Comme quoi, on revient toujours à ses origines.
Ah, si vous saviez mon p’tit monsieur combien ces melons de Cavaillon, ces tomates cœur de bœuf ou ces chèvres frais me transportent ailleurs; toutes ces bonnes odeurs que vous respirez à longueur de journée deviennent pour moi un instant de bonheur. Vécu. Retour à une autre vie.
mardi 31 août 2010
mercredi 11 août 2010
Allongée sur le sable, ici, je ne m'imagine pas vivre là-bas, au Burkina. Je ne peux pas non plus m'empêcher d'y penser. J'écoute le bruit du monde qui m'entoure. Aucune sollicitation. Personne pour m'appeler Nassara. Je suis une fille "ordinaire" dans un environnement "familier", chez moi, en Normandie.
Ce soir, c'est marée basse. J'ai envie d'aller jusqu'à la mer, tremper mes pieds dans l'eau fraiche de la Manche. Ca fait longtemps. Mes pas s’enfoncent dans le sable. La lumière est douce. La température est parfaite. Sentiment de quiétude.
Elle me manquait cette mer où nous nous baignions, ma soeur et moi encore enfants. Bien souvent, mon père annonçait le départ à la plage vers 20h. C'était l'euphorie à la maison. On enfilait nos maillots de bain et on prenait les bouées. Ma mère nous accompagnait parfois. Je me souviens la suivre du regard jusqu'à l'eau toujours un peu fraîche pour elle, d'une démarche nonchalante qui ne traduisait pas son tempérament énergique. Comme si déjà, elle était lasse de sa vie. Elle nageait seule, une trentaine de minutes. Je ne lui ai jamais dit mais j'avais toujours peur qu'elle ne revienne pas. Emportée par le courant ou simplement envie de disparaitre. Je guettais de loin sa silhouette de retour. Elle s'assoyait sur le sable. Jamais elle ne s'allongeait. Elle nous surveillait d'un oeil maternel. Quelques gestes d'affection, une caresse dans les cheveux, un mot gentil, rien de plus. Une façon différente d'aimer. C'était comme ça. Ca ne nous empêchait pas, ma soeur et moi, de sauter dans les vagues, de faire des pirouettes du haut des épaules de mon père, de rire fort. A la maison, de bons croque-monsieur nous attendaient. Je me souviens de ces étés. C'était bien. C'était heureux.
Adolescente, des fenêtres du lycée qui longe la plage, je regardais les cheminées du Havre brûler le ciel gris de la Normandie en rêvant de la quitter. C’est ce que j’ai fait. J’ai traversé des frontières, habité d’autres continents. Quinze ans plus tard, je regarde ces mêmes cheminées avec des yeux différents. Sans banaliser le voyage ni la vie outre-mer, on dirait que je rêve d’autres choses. Il va falloir les vivre pour les raconter.
Il est plus facile de rêver à son avenir, allongée sur une plage, à regarder les cerfs-volants voler, les enfants jouer, les chevaux galoper. On sélectionne les souvenirs, on oublie les plus douloureux. On pense au bonheur. On s'invente une vie heureuse, loin des songes de la vie ordinaire.
Je suis chez mes parents. Ils n’ont pas vraiment changé ; la cour de ferme non plus. Il y a quelque chose de rassurant dans cette constance. Le passé est intact. On parle du temps des moissons. J’ai dans le nez le parfum de mon enfance, et dans la tête des images de bonheur. Je fouille dans le grenier de ma mémoire pour retrouver l'authenticité des premiers instants de cette vie. Eloignée du pantin adulte en quête de maturité. Pas de nostalgie. Plutôt une mélancolie semblable à la grisaille normande. C’est ici que j’ai grandi et que je reviens y passer les vacances. Je profite du repos, des jours de pluie et de soleil pour ne rien faire. Alternance entre fraicheur et douceur.
Pourtant, il y a quelque chose de plus triste dans cette constance. Un sentiment d’éloignement, un vécu difficile à partager. Ce que je fais, ils ne le savent pas vraiment. Ils ne le comprennent pas non plus très bien. Ils ne posent pas de questions. Ils ne demandent pas à voir les photos de là-bas. Personne pour écouter raconter cette vie. Seulement des brèves. Chacun pour demander si je m’y sens bien. Pas heureuse mais bien. On ne peut pas s’imaginer le bonheur en Afrique, au Burkina. Je laisse dire. Il y a dans le silence beaucoup plus de vérité que dans ces mots qui ne parviendraient pas à exprimer la juste émotion des moments vécus. Ce serait faux de dire que je n’attends rien. J’essaie seulement.
Ce matin, j’ai regardé le soleil se lever dans la brume apaisante de ce début de journée. Je me suis arrêtée sous le cerisier. J’ai cueilli un fruit lavé par la rosée. Sans me poser de question, je l’ai mangé. C’était bon. Le goût sucré de la fraicheur matinale.
Bonjour simplicité.


Ce soir, c'est marée basse. J'ai envie d'aller jusqu'à la mer, tremper mes pieds dans l'eau fraiche de la Manche. Ca fait longtemps. Mes pas s’enfoncent dans le sable. La lumière est douce. La température est parfaite. Sentiment de quiétude.
Elle me manquait cette mer où nous nous baignions, ma soeur et moi encore enfants. Bien souvent, mon père annonçait le départ à la plage vers 20h. C'était l'euphorie à la maison. On enfilait nos maillots de bain et on prenait les bouées. Ma mère nous accompagnait parfois. Je me souviens la suivre du regard jusqu'à l'eau toujours un peu fraîche pour elle, d'une démarche nonchalante qui ne traduisait pas son tempérament énergique. Comme si déjà, elle était lasse de sa vie. Elle nageait seule, une trentaine de minutes. Je ne lui ai jamais dit mais j'avais toujours peur qu'elle ne revienne pas. Emportée par le courant ou simplement envie de disparaitre. Je guettais de loin sa silhouette de retour. Elle s'assoyait sur le sable. Jamais elle ne s'allongeait. Elle nous surveillait d'un oeil maternel. Quelques gestes d'affection, une caresse dans les cheveux, un mot gentil, rien de plus. Une façon différente d'aimer. C'était comme ça. Ca ne nous empêchait pas, ma soeur et moi, de sauter dans les vagues, de faire des pirouettes du haut des épaules de mon père, de rire fort. A la maison, de bons croque-monsieur nous attendaient. Je me souviens de ces étés. C'était bien. C'était heureux.
Adolescente, des fenêtres du lycée qui longe la plage, je regardais les cheminées du Havre brûler le ciel gris de la Normandie en rêvant de la quitter. C’est ce que j’ai fait. J’ai traversé des frontières, habité d’autres continents. Quinze ans plus tard, je regarde ces mêmes cheminées avec des yeux différents. Sans banaliser le voyage ni la vie outre-mer, on dirait que je rêve d’autres choses. Il va falloir les vivre pour les raconter.
Il est plus facile de rêver à son avenir, allongée sur une plage, à regarder les cerfs-volants voler, les enfants jouer, les chevaux galoper. On sélectionne les souvenirs, on oublie les plus douloureux. On pense au bonheur. On s'invente une vie heureuse, loin des songes de la vie ordinaire.
Je suis chez mes parents. Ils n’ont pas vraiment changé ; la cour de ferme non plus. Il y a quelque chose de rassurant dans cette constance. Le passé est intact. On parle du temps des moissons. J’ai dans le nez le parfum de mon enfance, et dans la tête des images de bonheur. Je fouille dans le grenier de ma mémoire pour retrouver l'authenticité des premiers instants de cette vie. Eloignée du pantin adulte en quête de maturité. Pas de nostalgie. Plutôt une mélancolie semblable à la grisaille normande. C’est ici que j’ai grandi et que je reviens y passer les vacances. Je profite du repos, des jours de pluie et de soleil pour ne rien faire. Alternance entre fraicheur et douceur.
Pourtant, il y a quelque chose de plus triste dans cette constance. Un sentiment d’éloignement, un vécu difficile à partager. Ce que je fais, ils ne le savent pas vraiment. Ils ne le comprennent pas non plus très bien. Ils ne posent pas de questions. Ils ne demandent pas à voir les photos de là-bas. Personne pour écouter raconter cette vie. Seulement des brèves. Chacun pour demander si je m’y sens bien. Pas heureuse mais bien. On ne peut pas s’imaginer le bonheur en Afrique, au Burkina. Je laisse dire. Il y a dans le silence beaucoup plus de vérité que dans ces mots qui ne parviendraient pas à exprimer la juste émotion des moments vécus. Ce serait faux de dire que je n’attends rien. J’essaie seulement.
Ce matin, j’ai regardé le soleil se lever dans la brume apaisante de ce début de journée. Je me suis arrêtée sous le cerisier. J’ai cueilli un fruit lavé par la rosée. Sans me poser de question, je l’ai mangé. C’était bon. Le goût sucré de la fraicheur matinale.
Bonjour simplicité.


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