dimanche 11 décembre 2011

Un noël pour les enfants du centre d’insertion sociale ANERSER

ANERSER est une association qui oeuvre pour les enfants en situation de vulnérabilité (enfants de la rue). C’est un centre d'accueil, d'écoute, d’éducation et d’orientation basé à Ouagadougou (quartier de Pissy) et occupé actuellement par 6 enfants d'âge différent.

Le centre offre à ces enfants le gîte et le couvert, il assure l’encadrement et le soutien psychologique, il propose des activités socioculturelles, des cours d’alphabétisation et des formations professionnelles. Ci-dessous, les 4 jeunes filles photographiées sont justement en apprentissage aux métiers traditionnels et non traditionnels (2 suivent des ateliers de couture et 2 autres de sérigraphie).

L’association - aux moyens limités - anime également des séances d’information dans les familles. Elle organise des sorties nocturnes dans les rues pour sensibiliser les jeunes et leur entourage aux causes et conséquences de la vie dans la rue. Elle sensibilise également et plus largement la communauté à travers le théâtre forum et les causeries-débats.

Les causes et conséquences d’une vie dans la rue

Le coordonnateur d’ANERSER me citait 3 causes principales qui poussent les enfants à vivre dans la rue : le manque d’affection, l’orphelinat et la polygamie (les enfants issus des mariages autres que le premier n’ont pas la même place et ni la même considération au sein de la famille/communauté). Ces enfants de tout âge se sentent rejeté de leur famille et choisissent alors la rue comme lieu de vie. Ils se prostituent pour survivre et très souvent se droguent (à la colle). Les enfants qui arrivent au centre ANERSER sont sans repère. Ils sont pris en charge psychologiquement et sont rapidement orientés vers un(e) assistant(e) social(e). Les armes blanches (couteaux, machettes, etc.) retrouvées sur eux à leur arrivée sont confisquées. Malgré ces efforts, il est difficile de maintenir ces enfants « déstructurés » dans un cadre de vie régi par des règles. Peu les accepte préférant la vie dans la rue, le vagabondage et la mendicité. Pour ce faire, le centre présente des alternatives et propose par exemple aux enfants de suivre des classes d'alphabétisation en journée sans obligation de dormir au centre mais là encore la fréquentation des enfants aux cours n'est pas systématique et le pourcentage d’enfants qui arrivent véritablement à s’en sortir reste faible. Mais entre ne rien faire et faire peu, il y a des résultats.

Un noël pour les enfants du quartier de Pissy

L'idée d'organiser un noël pour les enfants défavorisés est née de la générosité d'une de mes tantes, une dame au grand coeur qui donne chaque année pour une bonne cause. Cette année, c’est 150 euros qu’elle a remis à ANERSER; l’an dernier c’était pour un élevage de poules en faveur des enfants du village de Réo (https://sites.google.com/site/solidaritefaso/). Son idée : donner à une bonne cause le montant qu’elle aurait remis à ses petits-enfants pour leur anniversaire (et croyez-moi, sa famille est nombreuse). Une belle façon d'éduquer les plus jeunes au partage et à la solidarité !

Samedi 10 décembre 2011 s'est donc tenu le noël des enfants de l'association ANERSER. En plus du don de ma tante, j'ai pu collecter un montant supplémentaire pour un total de 200 000 F CFA (l'équivalent de 300 euros ou 400 CAD) ce qui nous a permis d'organiser un repas communautaire, quelques animations/jeux et une remise de petits cadeaux (bonbons, paquet de biscuit et savon) pour une trentaine d’enfants et d’adolescent-e-s.

Ce projet a vu le jour grâce à la générosité d’une dizaine de donateurs et donatrices, au dévouement des femmes pour la préparation des repas et à la mobilisation de l’équipe d’encadrement alors un grand merci à toutes et à tous et comme dirait Simone, l'une des animatrices du centre, grâce à vous, les enfants d'ANERSER auront eu un noël cette année.

Joyeuses fêtes !!












Ghana choco

Du 20 au 27 novembre 2011



























samedi 22 octobre 2011

Les Koudou du Faso


Manger bien, manger intelligent, manger burkinabè !


Dans le cadre de la campagne mondiale CULTIVONS, Oxfam et ses partenaires au Burkina Faso ont invité, le temps d’un week-end, les Burkinabè à découvrir ou redécouvrir les produits locaux et les saveurs du terroir.

C’est avec les « Koudou du Faso » (note 1) que le coup d’envoi a été donné. L’événement, coparrainé par le Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat et le Ministre de l’Agriculture et de l’Hydraulique, s’est tenu au salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) les 15 et 16 octobre 2011 lors des journées internationales des femmes rurales et de l’alimentation.

Qu’est-ce que les « Koudou du Faso » ?


Une compétition de plats et de boissons à base de produits locaux entre cinquante-quatre (54) restaurants, maquis et structures de transformation agroalimentaire du Burkina Faso. Répartis en 5 catégories – les sauces, les céréales, les viandes, les desserts et les boissons – les participants et participantes ont fait valoir leur savoir-faire et leur créativité le temps de cette foire alimentaire.

Au cours de ces deux journées, le public était invité à goûter et à noter une diversité de produits allant des jus de mangue, de gingembre ou de pain de singe (note 2), en passant par le dégué (note 3), la crème glacée au karité, la sauce à l’oseille, le riz gras, le fonio (note 4), le couscous de maïs, l’attiéké au poisson braisé, le tofu mariné, le poulet flambé, les brochettes de fromage peulh, etc. Une explosion de saveurs pour des palais gourmands !

Un jury officiel, composé de six personnalités, a été constitué pour départager les candidats et candidates en cas d’ex-æquo.

Plus de 2 000 visiteurs ont participé à l’événement et près de 110 000 dégustations ont été servies en 2 jours. Victimes de leur succès, les « Koudou du Faso » ont du fermer leurs portes un peu plus tôt chaque jour. Les visiteurs attendent avec impatience la 2e édition l’an prochain.

Cérémonie de remise des prix

A l’issu de ces deux journées gustatives, une remise des prix (note 5) a été organisée le mardi 18 octobre pour récompenser trois lauréats par catégorie; une cérémonie au cours de laquelle le directeur pays, Monsieur Omer Kaboré, s’est exprimé pour féliciter d’une part, les participants et participantes ainsi que le public engagés à valoriser les produits locaux et d’autre part, la franche mobilisation d’un ensemble de partenaires (note 6), institutions, sponsors (note 7), volontaires et bénévoles ayant contribué au succès de cette première édition des « Koudou du Faso ».

Son discours, appuyé par le Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat et par le représentant de la Ligue des consommateurs du Burkina, a rappelé l’importance de promouvoir l’exploitation agricole familiale, de combattre la flambée des prix alimentaires, de rechercher des solutions innovantes pour l’adaptation aux changements climatiques, de lutter contre l’accaparement des terres et la spéculation foncière.

Monsieur Kaboré s’est également exprimé sur les conditions des femmes rurales rappelant qu’elles restent les grandes oubliées des politiques agricoles malgré le fait qu’elles produisent la majorité de la nourriture consommée dans les pays du Sud.

Animée de prestations musicales, de sketchs humoristiques et de numéros de cirque, accompagnée de boissons et de mets locaux, la soirée s’est clôturée par la remise de prix spéciaux en faveur de trois denrées alimentaires locales qui constituent une production importante au Burkina Faso : le lait, le maïs et le riz.

Et après...

Les « Koudou du Faso » ne sont que la première activité d’une longue série d’événements inscrits au programme de la campagne CULTIVONS d’une durée de 4 ans. Les participants et participantes de cette première édition partageront le secret de leurs recettes dans un livre de cuisine disponible prochainement. A vos fourneaux !

Quelques chiffres

- 54 restaurants, maquis et structures de transformation agro-alimentaire
- Plus de 2 300 visiteurs
- Près de 110 000 dégustations servies
- 14 143 bulletins de vote collectés
- 1 équipe Oxfam mobilisée (Oxfam Intermon, Oxfam en Belgique et Oxfam-Québec)
- 50 volontaires
- 8 partenaires
- 10 sponsors
- 2 parrains
- 15 organes de presse
- Des heures de décompte de bulletins de vote

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Notes:
(1) Koudou signifie « la louche » en dioula (langue locale)
(2) Fruit du baobab
(3) Yaourt à base de petit mil
(4) Céréale cultivée en Afrique de l’Ouest
(5) Différents prix ont été distribués tels que des frigidaires, des batteries de cuisine, des bons cadeaux dans les magasins d’électroménagers, des chèques, des livres de cuisine.
(6) Association Aidons l’Afrique Ensemble, la Ligue des consommateurs du Burkina, la confédération paysanne du Faso, CODDE, la marche mondiale des femmes, le Secrétariat permanent des ONG, le réseau de veille sur la commercialisation des céréales, SOS Sahel International
(7) Parmi eux, la banque régionale de solidarité, la chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso, le SIAO, l’office national de tourisme burkinabè, des magasins d’alimentation et d’électroménager, etc.

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dimanche 2 octobre 2011

Scènes de vie au soleil couchant

Je ne me lasserai pas de cette promenade le long du barrage. Me fondre dans la circulation locale au commande de ma Yamaha en regardant les gens vivre : les femmes et leur enfant dans le dos; les hommes et leur troupeau de chèvres; les marchandes alignées au bord de la route, leurs bassines remplies d’arachides, de fruits et de légumes; les marchands de poisson, criant au plus offrant; les jeunes femmes qui se font tresser les cheveux; les jeunes hommes qui boivent la bière au maquis; les tanties sur leurs motos pétaradantes, le dos droit, le regard concentré, fières roulant au soleil couchant; les vieux qui palabrent; les enfants qui chahutent. Tout cela a l'air un peu folklorique mais l'image est attachante. Je veux la garder intact dans ma mémoire sachant que le temps viendra dissoudre les impressions, estomper les couleurs. Une autre réalité s’installera et prendra la place de ce tableau burkinabè, vivant et chaleureux. Je m’efforce d’en profiter.

Cette promenade suscite d’autres curiosités. Le regard étonné des Burkinabè n’est pas sans me rappeler ma différence. Difficile de passer inaperçue sur une moto Yamaha, un casque gris vissé sur la tête, des lunettes fumées au bout du nez, une peau blanche, des habits européens aux couleurs un peu fades. Les gens me saluent discrètement - ou non, me gratifient d’un signe de la main ou d’un "bonsoir Nassara". Je réponds timidement. Il y a aussi le regard malicieux des enfants qui aimeraient que je m’arrête leur serrer la main, ou celui amusé et un peu complice de ceux et celles qui comprennent le but de cette promenade. J’éveille mes sens, je m’imprègne des couleurs locales, je chamboule mes habitudes de vie, je m’inspire avant de rentrer au pays.

Cet apprentissage interculturel est bien sûr marqué d’incompréhensions, parfois même de rejet, de doutes et de questionnements, d’acceptation partielle. Cela fait partie de l’expérience. Sentiment de bien être. Accomplissement personnel. Des moments que je me donne le droit de ressentir fièrement. Un peu égoïstement. Je veux comprendre pourquoi je suis là et pourquoi je devrai repartir, dans 5 mois déjà. Le temps file. Le mandat avance. Moins du quart et encore tellement à faire. Cette promenade est un mini voyage qui me donne l'impression d'être ailleurs, à Ouagadougou, au Burkina Faso, en Afrique de l’Ouest.















lundi 19 septembre 2011

Discussions de tanties

Samedi matin, une rencontre entre tanties du quartier se prépare. A l’ordre du jour :

1. le déménagement du voisin du dessus
Un seul mot : ouf !!


2. le soumbala

Une épice très odorante utilisée en Afrique de l’ouest, notamment dans les sauces qui accompagnent le riz. Voila comment il se présente : on le fait sécher au soleil avant de le piler et de l’utiliser en cuisine (boules noires à gauche sur la photo). Amateur de tô au soumbala (plat typique du Burkina), à vos fourchettes !

3. la teinture au henné
Souvent à l’occasion de mariages ou autres grandes cérémonies, les femmes se teignent les mains et les pieds. Cette semaine, c’est ma voisine de pallier que j’ai trouvé installée sur une chaise, un sac plastique autour des poignets et des chevilles, et un autre sur la tête. Elle se faisait une teinture au henné, pour cacher quelques cheveux blancs et se faire un soin de peau. Choco !!

4. les produits de beauté
Certaines femmes africaines utilisent des produits pour se blanchir la peau (cette pratique est moins répandue chez les hommes). Inutile de dire que cela n’est ni bon ni recommandé pour le corps. L’effet recherché (métissé) n’est pas garanti et laisse souvent des traces sur la peau. Culte de la peau blanche ou besoin de paraître différent, jusqu’où aller ?!

5. les pagnes du grand marché
Une des tanties du quartier marie sa nièce. Impératif donc de se rendre au grand marché acheter le plus beau tissu coloré pour honorer l’événement et être fidèle à sa réputation de femme soignée.



Et pour finir, une devinette :

Au Burkina, comment appelle-t-on des lunettes de star ?

Réponse : des « je me fous de ma belle mère ». Hihi !!


Cité Socogib, zone du bois, Ouagadougou, Burkina Faso

vendredi 9 septembre 2011

La situation des jeunes au Burkina Faso

Si il est admis et reconnu que 60 % de la population au Burkina Faso a moins de 20 ans et qu’elle représente l’avenir du pays, il est moins évident de lui reconnaître un droit pourtant fondamental : celui d’être entendu.

Forum national de la jeunesse à Bobo Dioulasso (Burkina Faso), décembre 2008 (photo CNJ-BF)

Au Burkina Faso, la notion de jeune (1) est souvent reliée à la responsabilité de la personne et la valorisation des acquis et des connaissances, et se fait à travers l’expérience de vie. Dans une société encore fortement marquée par les traditions et la gérontocratie, le point de vue décisionnel des jeunes reste faiblement pris en compte et l’implication de la jeunesse dans les stratégies et politiques de développement national est loin d’être systématique (comme le mentionne pourtant la charte africaine de la jeunesse ratifiée par le Burkina Faso en 2008).

La politique nationale élaborée en 2008 sous l’égide du Ministère de la jeunesse et de l’emploi prévoit une plus grande implication des jeunes dans la vie de la nation, notamment à travers le renforcement des organisations de la société civile. Seulement, les initiatives mises en œuvre restent minimes et souvent inadaptées aux besoins exprimés par les jeunes. Les budgets pour les activités liées à la jeunesse restent difficiles d’accès et souvent contrôlés par l’État. Il est à noter également le risque latent d’instrumentalisation des jeunes et de récupération politique.

En plus de ces difficultés, la jeunesse burkinabè doit faire face à une autre problématique majeure : le niveau de chômage croissant chez les jeunes.

Cette tendance s’inscrit dans un contexte mondial où il est estimé que le taux de chômage mondial chez les jeunes a atteint son plus haut niveau jamais enregistré et qu’il devrait continuer d’augmenter selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié à l’occasion de la journée internationale de la jeunesse le 12 août 2010 (2).

Selon les données de l’ANPE Burkina, environ 75% des chômeurs en milieu urbain sont des jeunes de 15 à 29 ans et près de 60% des jeunes de cette tranche d’âge n’ont jamais eu d’emploi rémunérateur.

Dans les économies en développement comme celle du Burkina Faso, la vulnérabilité des jeunes s’exprime en termes de sous-emploi et d’accroissement de la pauvreté.

Il est estimé que d’ici 2015, 140 000 personnes arriveront chaque année sur le marché du travail pour seulement 20 000 emplois créés (3). De plus en plus de jeunes diplômés sortent des universités sans possibilités de trouver un emploi décent. Ils sont sur qualifiés pour les postes qu’ils occupent ce qui engendre un découragement chez les jeunes compromettant leurs perspectives d’avenir et d’emploi futur et dans certains cas un prolongement de l’inactivité. Les conséquences sont aggravantes : augmentation du nombre de jeunes travailleurs bloqués dans une situation de pauvreté et multiplication des impacts socio-économiques néfastes (prolongement du cycle de pauvreté au travail, précarité, oisiveté, insécurité/instabilité sociale et économique, etc.).

Également, la croissance du secteur informel est un problème majeur qui ne favorise pas une économie durable et qui maintient les jeunes dans une situation de précarité, sans aucune garantie.

En Afrique subsaharienne près de 60% des jeunes vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 2$/jour) et plus de 33% vivent sous le seuil d'indigence (moins de 1$/jour). (4)

La pauvreté ne se mesure pas uniquement sur des bases économiques.

Formation de jeunes femmes aux métiers non traditionnels (photo Oxfam-Québec)

L'accès à l'éducation et à la santé, les conditions de vie, l'accessibilité à l'eau potable et la qualité de la nutrition sont autant d'indicateurs qui reflètent la pauvreté des jeunes.

Plus de 20% des jeunes filles âgées de 15 à 24 ans sont sous-alimentée ce qui a pour conséquences une mauvaise santé physique, une fragilité face aux maladies, une difficulté pour les jeunes mères d'allaiter correctement leurs nouveaux nés.

Autre indicateur de pauvreté chez les jeunes, la surpopulation des ménages et la fragilité de l'habitat sont autant de facteurs qui rendent le jeune plus vulnérable. De même, plus de la moitié des jeunes n'ont pas accès à l'eau potable et connaissent donc des conditions d'hygiène qui ne sont pas favorables à leur épanouissement. De fortes différences existent entre la population rurale et urbaine. Au Burkina Faso par exemple, 47,5% des ménages urbains ne sont pas raccordés au réseau électrique et ne peuvent donc pas avoir accès à certains médias (internet, journaux télévisés), en zone rurale ce chiffre grimpe à 99% (5).

D’autres problématiques liées à la jeunesse burkinabè

Formation des jeunes femmes en production de savon liquide, groupement économique de Kokologho au Burkina Faso, février 2011 (photo Andréanne Bourque)

Le manque de formation professionnelle et l’inaptitude à l’esprit d’entreprenariat, le faible taux de scolarisation supérieure (3,51% chez les hommes contre 1,22% chez les femmes), l’insuffisance des ressources financières et des bourses d’études, l’accès difficile au crédit, la discrimination envers les jeunes – plus marquée encore envers les jeunes femmes – en matière d’offre d’emploi (cela dû au manque d’expérience), la marginalisation et/ou l’exclusion de groupes cibles vulnérables tels que les jeunes handicapés, les jeunes de la rue, etc. En milieu rural, ces problématiques se trouvent accentuées par le non-accès aux terres cultivables, le manque de mécanisation agricole, la mauvaise organisation de travail, l’écoulement difficile des produits, le choix réduit des variétés culturales, etc.

La pauvreté dans laquelle se retrouvent trop de jeunes ne leur permet pas d'avoir accès aux outils nécessaires à un bon développement (logement, éducation, système de santé mais aussi loisir, culture, épanouissement physique) et ne favorise pas leur participation active dans la vie de leur société. C’est pourquoi, des organisations comme Oxfam-Québec se mobilisent pour tenter d’apporter une réponse à ces problématiques en choisissant d’axer leur intervention sur l’autonomisation des jeunes. Elles croient qu’en augmentant leur pouvoir économique (par la création d’entreprises et le développement du secteur privé) et en favorisant l’accès à l’information, cela aura une incidence directe sur la diminution de la pauvreté et du chômage et sur l’accès des jeunes aux services sociaux de base. A moyen terme, cela leur permettra d’augmenter leur pouvoir décisionnel au sein de la société.

Permettons aux jeunes femmes et hommes burkinabè de devenir des acteurs de changement engagés et avertis, garants de leur propre développement !


(1) Selon la charte africaine de la jeunesse, toute personne âgée de 15 à 35 ans est considérée comme "jeune"

(2) Sur les 620 millions de jeunes économiquement actifs, âgés de 15 à 24 ans, 81 millions étaient sans emploi fin 2009. Le taux de chômage des jeunes est passé de 11,9% en 2007 à 13% en 2009.

(3) Ministère de la Jeunesse et de l’Emploi, Politique Nationale de l’Emploi (PNE), décembre 2009

(4) Seuils définis par les Nations Unies

(5) World Youth Report 2007. Young People’s Transition to Adulthood: Progress and Challenges. UN, New York 2007

mercredi 7 septembre 2011

Un zébu pour 300 000 francs CFA

Dimanche matin, le marché de bétail de Fada N'Gourma ouvre ses portes accueillant marchands et éleveurs de zébus, moutons, chèvres, ânes, pintades, etc.

Nombreux sont les Peuls venus acheter du bétail à bons prix. Habillés en tenue longue et coiffés d’un turban, ils sont reconnaissables à leur silhouette allongée et à leurs traits fins.





Les hommes ne semblent pas faciles en affaires. Les lèvres pincées, le sourire absent, ils discutent les prix. Les animaux se négocient en fonction de leur taille, de leur poids, de leur âge et de leur santé. En cette période de soudure (1), les animaux sont bien chétifs. Aux dires des éleveurs, un bon bœuf peut se vendre jusqu’à 300 000 francs CFA négociable (2).



Les femmes, elles, se distinguent à leurs tissus colorés et aux nombreux bijoux qu'elles portent (surtout les boucles d’oreille). Leurs visages me font penser aux jeunes filles du Sahel rencontrées quelques mois plus tôt, dans le nord du pays.

Le lieu, gracieuseté de la coopération suisse, s’anime avec l’arrivée et le départ des camions de bétail. On grimpe les zébus sur le toit des bétaillères et les chèvres au dessus des minibus. Toutes destinations.





Faux pas

Nous étions sur le point de quitter le marché quand un agent de police nous prie de bien vouloir le suivre; nous étant un groupe de 6 Nassara (blancs en moore), 1 Camerounais et 1 Burkinabè albinos (inutile de préciser que l'inaperçu ne faisait pas partie du moment).
Nous osons demander à l'agent « Pourquoi ? Que se passe-t-il ? ». Il nous répond de le suivre seulement, que le chef du marché demande à nous voir. On sait que ça n’est pas pour nous offrir le thé mais plutôt pour nous soutirer quelques francs CFA pour les photos « volées ».
Cette invitation ressemble à un ordre et n’appelle pas de réponse de notre part. Pourtant, nous entamons la discussion, inutilement. Après quelques minutes, nous capitulons au risque d’envenimer la situation. Nous nous présentons au chef qui, tout discutant avec les marchands, nous demande effectivement de quel droit nous avons pris des photos et avec quelle autorisation. Il ajoute que la moindre des choses aurait été de venir se présenter à lui à notre arrivée. Bref, nous avons enfreint les règles de la « chefferie » et de surcroit celles de la bonne conduite. Un outrage dans le pays ! Même si nous le savions, cela ne nous a pas empêché - une fois de plus – de déroger aux us et coutumes burkinabè.
Toujours difficile pour un esprit occidental de se soumettre aux règles du non-dit, à l'autorité (pour ne pas dire à l'abus de pouvoir); de s'en tenir aux limites de ce qui est permis de dire ou de faire; de laisser notre fierté de côté; de ne pas se laisser gagner par le sentiment d'injustice. Difficile de contenir cet esprit rebelle conditionné par nos façons de faire, de dire, d'agir, de penser. Bien sûr, un peu de retenue nous aurait évité le faux pas interculturel.
Tout s’est finalement bien terminé aux termes d’une discussion en langue locale entre le chef du marché et notre ami burkinabè. Quelques minutes ont suffi pour rétablir des rapports cordiaux. Les excuses présentées et acceptées, nous quittons le marché. Puisse cette histoire nous servir de leçon.

(1) La soudure est la période qui précède les premières récoltes et où le grain (céréales) de la récolte passée peut venir à manquer. Généralement elle s'étend de juin à septembre.

(2) 460 euros ou 630 CAD



Fada N'Gourma
Communément appelée Fada, cette ville est la capitale de la région de l’est du Burkina Faso située à environ à 200 km de Ouagadougou et à 150 km des frontières nigérienne et béninoise. Au dernier recensement (en 2006), l’Institut national de la statistique et de la démographie du Burkina Faso comptait 41 785 Fadalais et Fadalaises parlant la langue locale gulmancema. Fada est notamment réputée pour son miel de fleurs de karité (fort en goût !!).

dimanche 19 juin 2011

Les vacances, ça fait cogiter !

Retour à Ouaga après 3 belles semaines de vacances au Québec. On ne le dira jamais assez : le temps passe trop vite. Malgré tout, je suis contente de retrouver le Burkina et ses activités. Hier je suis allée me promener à la forêt. Le contraste entre les chemins de terre rouge et la végétation luxuriante (après une bonne pluie) était superbe. Je regardais les femmes aux boubous colorés marcher devant moi; trois tanties qui se promenaient d’un pas lent en discutant en moore. Comme moi, elles profitaient de la douce lumière de fin de journée. Je me disais qu’il fallait bien partir et revenir pour savoir apprécier ces moments uniques – loin de notre « réalité » occidentale.

Une amie - en visite au Burkina pour 10 jours - me racontait justement son « choc » de retour. Dans le taxi qui la ramenait chez elle, à Paris, il y avait une émission à la radio sur les assurances et l’importance d’être couvert si on se blessait en ouvrant une huître. Ca lui a semblé tellement ridicule ! Moi, ça m’a fait rire. Futile certes, et preuve d’un décalage de vie et de préoccupations. Tout ou presque nous semblerait ainsi : irrationnel et dénué de sens quand la pauvreté vient de nous apparaître comme une injustice flagrante. Alors on dénigre la société dans laquelle on vit, on se révolte face aux aberrations. Et puis on retourne à son quotidien, sans oublier la vie là-bas. C’est ainsi. C’est humain.

Mais la sensibilité n’est pas la même pour tous. Il y a les désillusionnés, ceux qui reviennent frustrés de l’expérience parce qu’ils n’ont pas compris ou qu'ils n'ont pas reçu le "merci" tant attendu pour leur contribution (et cela arrive souvent dans le monde de la coopération). Ils pensent avoir été "utilisés" sans rien recevoir en retour. Je me dis que même si la démarche n’est jamais totalement altruiste, pourquoi attendre une reconnaissance pour un geste qui se veut volontaire ? Vraiment, j'ai du mal à comprendre ?! Il me semble trop facile d’incriminer les organisations de coopération pour ce qu’elles ne font pas ou ce qu’elles font mal sans reconnaître ce qu’elles peuvent apporter de bien. Certes il y a des améliorations à apporter mais aucun système n’est parfait sinon, pourquoi serions-nous là ?

Et puis il y a ceux dont les attentes sont démesurément hautes et qui finissent inévitablement dans le clan des "déçus". Hier encore, je discutais avec une jeune fille fraîchement débarquée de Belgique et qui a pour ambition de sauver le monde. Elle est bénévole pour 3 mois dans une association d’aide aux enfants de la rue. A son retour, elle envisage monter un projet et amener avec elle des jeunes belges au Burkina pour leur faire prendre conscience des dures réalités de la vie et de la chance qu’ils ont de vivre là où ils sont. Je dis oui à la sensibilisation, non à la culpabilité. Si les enfants burkinabè de la rue avaient eu le choix, ils ne seraient sûrement pas nés ici, dans ces conditions de vie difficiles et auraient probablement la même attitude que ces adolescents belges qui cherchent leur place dans la société. L’expérience que nous vivons nous donne t’elle le droit de jouer au moralisateur des temps modernes ? J’en doute.

Je m'arrête là dans la discussion. Suite au prochain numéro.





lundi 18 avril 2011

Tensions encore fortes au Burkina Faso

Le climat reste tendu à Ouagadougou. Les militaires ont repris les armes pour manifester leur mécontentement et réclamer une prime promise par le Président Compaoré il y a quelques semaines.

Ca s'est passé dans la nuit de jeudi à vendredi dernier (14-15 avril). Des soldats de la garde présidentielle sont sortis dans les rues, ont tiré en l'air et ont incendié des bâtiments. On rapporte des cas de viols et d'effractions par certains d'entre eux ivres. Face à cette mutinerie, le président a fui Ouaga pour se réfugier dans son fief natal. Le vendredi même, il donnait satisfaction aux soldats mutins et annonçait la dissolution du gouvernement.
Si les troubles semblaient s'être calmés en matinée, ils ont repris de plus bel en après-midi. Des militaires sont sortis de leur caserne et ont continué à « terroriser » la population en s’emparant de véhicules de particuliers et en pillant les magasins. Le lendemain (samedi 16), les commerçants qui ont vu leurs boutiques saccagées et dévalisées s'en sont pris à leur tour aux bâtiments officiels. Aujourd'hui, le mouvement de révolte semble gagner les régions. A se demander combien de temps cela va durer et surtout, jusqu'où cela peut aller ?! Les Burkinabè eux-mêmes ne comprennent plus le sens des revendications des uns et des autres. Cela ressemble à un ras-le-bol général marqué d'injustices, un vent de révolte contre la vie chère, le manque d'impunité, le régime en place. Et si la situation n'a rien de comparable avec celle de la Libye, de la Tunisie, de l'Égypte ou de la Côte d'Ivoire, elle reste porteuse d'espoir pour les Burkinabè. Si le changement est possible ailleurs, pourquoi pas au Burkina ?

Oxfam a fermé ses bureaux vendredi 15. Aujourd'hui lundi 18 - après un week-end passé chez une amie à cuisiner, papoter, bouquiner, regarder des DVD, etc. (il y a pire comme situation) - nous voila de retour au travail avec des horaires aménagés de 7h30 à 15h pour nous permettre de rentrer chez nous avant le couvre-feu (le deuxième en moins d'un mois) instauré de 19h à 6h et ce jusqu’à nouvel ordre. Tant pis pour les sorties nocturnes, on appréciera d'autant plus notre "liberté" de mouvement une fois les événements passés.
Avant 19h, nous en profitons donc pour faire le plein d'essence et de vivres. Il fallait voir aujourd'hui les files de motos et d'autos aux pompes à essence. Après plusieurs jours de fermeture, c'était la cohue générale. Les impatients n'avaient qu'à bien se tenir. Ce week-end, il parait que le litre atteignait les 1500 FCFA dans les rues (ce qui équivaut environ à 3$ CAD). Visiblement, il n’existe pas d’événements malheureux pour tirer profit de la situation. Et si les denrées alimentaires ne manquent pas, certains produits se font plus rares comme le pain.

On se dit que la situation est provisoire. On espère qu'elle ne dégénère pas, que le calme revienne vite et que les revendications - aussi justes et honnêtes soient-elles - aboutissent mais ça, c'est une autre histoire. Pour rester optimiste, un vieil adage vietnamien dirait qu’il n’y a pas de problème, il n'y a que des solutions. Mieux vaut y croire !

Pour plus d’information, un article paru dans Le Monde le 16 avril : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/04/16/le-burkina-faso-en-proie-a-des-pillages-et-des-violences_1508765_3212.html
Et le détail des faits sur RFI : http://www.rfi.fr/afrique/5min/20110415-suivez-situation-burkina-faso-minute-minute

mercredi 30 mars 2011

Couvre-feu entre 21h et 6h

Ouagadougou, 30 mars 2011
4h30 du matin, SMS du Consulat de France informant de tirs isolés en ville. En début de soirée, annonce d'un couvre-feu instauré par le gouvernement entre 21h et 6h sur l’ensemble territoire. 23h, messages de collègues et amies disant entendre des tirs dans leur quartier. Pas rassurant. Chez moi, aucun bruit.

Mais que se passe-t-il ? Pourquoi ce soudain vent de révolte après des éléctions présidentielles pourtant bien calmes, peut-être trop calmes ? Est-ce l’influence des mouvements en Tunisie, Égypte, Libye, Syrie ? Ou la tension ivoirienne qui déteint sur le pays ? Est-ce tout simplement l’expression d’un ras-le bol général d’un régime corrompu, despotique, depuis trop longtemps en place ? En tout cas, cela fait quelques semaines que les manifestations se multiplient à travers le pays. Cela a commencé en février dernier suite à la mort suspecte d’un jeune scolaire décédé dans un commissariat de la ville de Koudougou (faits rapportés). Les jeunes sont descendus dans les rues et ont manifesté contre l’impunité; non sans dégâts humains et matériels. Ils s’en sont pris aux biens publics et privés, ont cassé et brûlé de nombreux bâtiments dans les centres villes. Il y aurait eu 6 morts au cours des affrontements entre les jeunes et la police. Pas de chiffres officiels. Il est à noter la regrettable réaction des autorités et le niveau de violence policière. Comme l’événement a eu lieu lors du renommé FESPACO (festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou), le gouvernement a préféré suspendre les cours et fermer écoles et universités pour apaiser les tensions. [Pour plus d’infos : http://www.lefaso.net/spip.php?rubrique309]

Aujourd’hui, c’est au tour des militaires de mener un coup de force. A Ouagadougou, ils ont tiré en l’air dans la nuit du 22 au 23 mars et ont pillé des magasins pour protester contre la condamnation à des peines de prison ferme de 5 soldats dans une affaire de moeurs. Quelques jours plus tard, le mouvement a atteint la région de l’Est. Les militaires ont fait libérer un soldat inculpé pour viol sur mineure [http://www.rfi.fr/afrique/20110328-burkina-faso-coup-force-militaires-liberer-leurs-prison]. Résultat : le système judicaire est en grève appelant les autorités à prendre des mesures pour protéger leur travail et les décisions prises. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les tirs reprennent, la panique se fait ressentir, les citoyens burkinabè sont sur le qui-vive. La peur que les choses dérapent fait sortir Blaise Compaoré de son palais présidentiel. Il intervient aujourd’hui 30 mars à la télévision dans un message à la nation appelant au calme et à la cohésion sociale [http://www.lefaso.net/spip.php?article41365&rubrique2].

A l'heure qu'il est, c'est un couvre-feu qui nous tient à la maison, avec la forte recommandation des ambassades d’y rester.

Une chose est sûre, ce sont des menaces à prendre au sérieux par le régime de Compaoré. Les Burkinabè comprennent qu’en se mobilisant et en revendiquant leur mécontentement, il est possible d’obtenir gain de cause. Certains lancent déjà la rumeur d’un coup d’État. Attention quand même de ne pas confondre démocratie et anarchie. Tensions en vue. Affaire à suivre.

Dans les rues de Ouagadougou, vendredi 11 mars 2011, suite à la manifestation des jeunes contre l'impunité