dimanche 28 novembre 2010

Élections présidentielles au Pays des hommes intègres

Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest célèbrent cette année le cinquantenaire de leur indépendance. Pour certains pays, c’est également une année électorale présidentielle. Le Burkina Faso ne fait pas exception.

Le Pays des hommes intègres connait ses quatrièmes élections depuis le coup d’État de 1987 qui a installé Blaise Compaoré au pouvoir. Depuis presque 24 ans, le fondateur de l'actuel parti le Congrès pour la démocratie et le progrès est réélu Chef de l’État avec une majorité de voix écrasante. En 2005, les partis d’opposition ont dénoncé le manque de transparence en boycottant les élections mais cela n’a pas empêché M. Compaoré d'enregistrer 80% des voix et de profiter pour 5 ans encore de son confortable palais de Kosyam.

Cette année, l’opposition a déclaré vouloir faire front commun en ne proposant qu’un seul candidat face au président sortant mais l’appel au pouvoir n’a laissé personne indifférent et la "stratégie" invoquée n’a pas porté ses fruits puisque 7 candidats se sont partagés le vote des « anti-Blaise » soit environ 20% d’un électorat désabusé et très peu mobilisé. Difficile d’ailleurs d’estimer exactement le nombre de votants. Sur les quelque 3,2 millions d'électeurs inscrits, 50 % seulement se seraient rendus aux urnes le 21 novembre dernier (sur une population d’environ 15 millions d’habitants dont 7 millions en âge de voter).

Malgré leur participation au processus démocratique, les partis d’opposition, visiblement déroutés face à la "machine électorale Compaoré" ont dénoncé jusqu’au bout (2 jours avant le scrutin) le manque de transparence. Dans une tentative désespérée de faire retarder l’échéance électorale, ils ont évoqué les possibles fraudes dues à l’absence du lieu de naissance sur les cartes d’électeurs. Qu’à cela ne tienne, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a remédié aux possibilités de votes multiples en obligeant chaque votant à tremper son auriculaire dans une encre indélébile qui résisterait plusieurs jours (selon les dires). Non satisfait du déroulement du scrutin, l’un des opposants a même déclaré ne pas voter pour dénoncer la fraude. Aveu étonnant pour un candidat à la présidentielle. L’anecdote populaire raconte qu'il n’aurait pas eu tous ses papiers en règle pour voter.

Douze observateurs européens, mandatés pour noter le bon déroulement des élections, ont qualifié le processus électoral de "transparent" et ont déclaré ne pas avoir été témoins de fraudes ou d’éléments pouvant entacher les résultats du scrutin.



Pourtant le dépouillement des bulletins de vote a duré plus que de raison puisque 4 jours se sont écoulés entre les élections et l’annonce officiel des résultats. Les pronostics accordaient alors la victoire au président sortant Blaise Compaoré avec plus de 80% des voix. C’est donc sans surprise que la population burkinabè a accueilli le verdict de la CENI. De l’avis de tous et toutes, le résultat était connu d'avance et il s’agissait là d’un scrutin sans grand enjeu.

Commence aujourd’hui la véritable bataille du président Compaoré à savoir trouver un moyen de modifier la constitution pour pouvoir se représenter à la fonction de Chef de l’État dans 5 ans (2010 devant être son dernier mandat). Rendez-vous en 2015 !

LES ÉLECTIONS VUES PAR DEUX OBSERVATRICES ÉLECTORALES IMPROVISÉES
Ouagadougou, dimanche 21 novembre 2010

14h. Alors que le soleil chauffe, que les températures avoisinent les 35 degrés, que la plupart de nos compatriotes expatriés se prélassent au bord de la piscine, les pieds en éventail, à siroter un jus d’ananas frais (ça pourrait être moi certains dimanches ;-) nous, nous sillonnons les rues de Ouaga, à deux sur une moto 4 vitesses, à la recherche d’électeurs/électrices et de bureaux de vote. Lina, pilote au sens de l’orientation aiguisé. Moi affublée de mon appareil photo.

Première étape : Visibilité et campagne électorale



Des panneaux d’affichage partout dans la ville présentent Blaise comme le bâtisseur d’une nation moderne. La veille encore, on pouvait voir des affiches en format A4 des autres candidats, collées sur les troncs d’arbre. Aujourd’hui, plus rien - ou presque. Une ou deux demeurent par çi par là. Elles ont été remplacées par le slogan rassembleur de Blaise « Avançons ensemble ». Propagande ? Non quand même !!

Deuxième étape : Participation et bureaux de vote
Après avoir dépassé le QG de Blaise Compaoré, direction les bureaux de vote pour observer ce qu’il s’y passe. Mais où sont-ils au fait ces bureaux de vote ? Dans les mairies de quartier ? Non. Un collègue Burkinabè devrait le savoir. On l'appelle. Réponse : dans les écoles. Nous en visitons deux. Pas grand animation. On rentre dans une salle de classe. Une urne scellée. Un pupitre retourné en guise d’isoloir. Un garde armé posté à la porte. Dissuasif. Quel message doit-on comprendre ? Si tu ne votes pas pour "tu sais qui", gare à toi !


On pose quelques questions. On nous demande si nous sommes des observateurs européens (parce que nous sommes blanches). Nous répondons que non. Que nous sommes juste des observatrices curieuses. Les bureaux fermeront à 18h, ouvert depuis 6h le matin avec une pause déjeuner. Quoi ? Surprises de constater que les personnes qui sont censées assurer la permanence ferment les bureaux de vote pour manger et que les électeurs venus à ce moment là doivent repartir chez eux pour revenir plus tard, s’ils reviennent. Déjà qu’ils ne sont pas nombreux. C’est à décourager le monde de voter.

Troisième étape : Rafraichissant et Café de Vienne
Après s’être arrêtées prendre quelques photos aux abords du marché (déserts et sales)- le message de Blaise résonne dans nos têtes : Ensemble bâtissons une nation moderne - et après une bonne heure et demie à circuler dans les rues de Ouaga, une pause au Café (climatisé) de Vienne ne serait pas de refus. Intégrées certes mais toujours expatriées. Rapide bilan de l’après-midi autour d’un jus frais qui n’a rien d’autrichien. On reprend la route, direction la CENI (commission électorale nationale indépendante). Zéro activité. Fin de la journée. Il est 16h passé. Retour à la maison. Séance de yoga/relaxation.

Collaboration : Lina Demnati


vendredi 29 octobre 2010

Nouvelles en vrac

Pour compenser un mois d'octobre peu fructueux en messages.

Fin de la saison des pluies. Bientôt celle de l'harmattan. Fraîcheur matinale. Chaleur à midi. Douceur en soirée. Automne. Je rêve de feu de cheminée, de chocolat chaud et de couverture en laine. De châtaignes grillées et de feuilles mortes.

Pas mal de boulot. Quelques irritants. Ronchonneuse à mes heures (excuse : française d’origine ;-) Questionnement sur notre intervention. Que pouvons-nous changer vs que devons-nous laisser ? Questionnement normal. Compréhension différente de notions universelles. Rapport de force. Force de pouvoir. Inégalités marquées. Confrontée aux désillusions mais toujours animée de la même flamme. En mode apprentissage.

Aléas et quotidien : Coupures d'eau et d'électricité. On gère. Élections présidentielles en vue. Sans commentaire. Lenteur des choses. On s’habitue. Départs et arrivées. On s'attache à certaines rencontres éphémères avec l'espoir de se revoir un jour quelque part dans le monde. Un moment de vie partagée.
Resto, De Niro, Calypso. Promenades en moto. Étourderies. Panne d’essence. Cinéma. Séances de yoga. Semblant de zénitude. Lumière de fin de journée apaisante. Dimanche piscine. Dimanche reposant. Discussion avec la marchande de légumes, et la tantie du coin. Potins de voisinage. Curiosité des enfants pour la peau blanche. Besoin de toucher. Sourires. Étonnements partagés.

Journées plus difficiles que d’autres. Coups de gueule. Pas de nostalgie. Peu d'ennui. Bien entourée. Envie de voir la mer. D'être sur la plage. Seule. Envie d'isolement, de verdure et de brise du nord. Rêve de grands espaces.

Retour à la réalité. Couleurs des pagnes. Odeurs du marché et des épices. Terre rouge. Bougainvilliers en fleur. Pluies rafraîchissantes. Douceur passagère. Odeur de terre. Moustiques et répulsifs. Éphémères collés au néon. Toujours un oeil qui vous regarde. Rythmes africains. Coupé décalé. Djembé. Femmes qui pilent le mil dans la cour. Fredonnements. Cris perçants des chauves-souris à la tombée de la nuit. Coassements des crapauds en soirée. Chant du coq aux premières heures. Appel à la prière en écho. Passage des avions. Toujours du bruit dans mes oreilles. Environnement devenu un quotidien. Quotidien devenu un mode de vie. Parfois épuisant.

Dernière activité – et non des moindres – de ce mois d’octobre bien occupé : apprivoisement de la trentaine ;-)

Prochaines découvertes/étapes : atelier de cuisine africaine, atelier de batik, SIAO (salon international de l'artisanat de Ouagadougou), cinquantenaire des indépendances, peut-être un voyage en pays Lobi ?! Encore des départs et des arrivées à célébrer. Et puis les vacances de Noël. Retour en France pour célébrer l'événement en famille après 3 hivers loin d’elle. Odeur de la résine, guirlandes et cadeaux au pied du sapin, joies des grands et des petits, bonne bouffe, foie gras et compagnie. Tradition oblige.

vendredi 22 octobre 2010

Délires & désirs d’une future trentenaire

A une bonne amie québécoise qui me demandait "Alors, comment est-ce qu'on se sent à la veille de nos trente ans ?! Xxxx", je réponds :

Version française : « Ca fout les bouleeees !! »
Version québécoise : « J’m’en viens une vieille croûte »
Version burkinabè : « Ca va aller. Y a pas d’problème ! »

A ma sœurette qui me demandait ce que je voulais, je lui disais : un mari, deux enfants, une grande maison, une belle voiture, un jardin fleuri, un gentil toutou, et euh une crème anti-rides, une opération du nez et quelques séances de bronzage. C'est possible ?!

Mais non !! A moins de 48h du fatidique passage à la trentaine, on se sent super bien et je veux tout mais pas dans l'ordre d'énumération. Hihihi ;-) Gros délire.

vendredi 24 septembre 2010

Histoire de jumeaux

Vendredi matin, 8h, en route vers le boulot, j’aperçois deux jeunes garçons habillés pareil. Ma réaction n’est pas longue. Demi-tour, je fonce en direction des jumeaux. Je demande à la maman qui les accompagnait si je pouvais prendre une photo en tentant de lui expliquer - dans les trois mots de moore que je maitrise - que moi aussi je suis jumelle.
Elle ne comprend pas – ou ne veut pas comprendre. Elle reste sur sa demande : de l’argent pour une photo. Avec le sourire, je lui dis que non, que ce n’est pas ce que je souhaitais. La maman insiste et m’amène voir la "vieille" du coin pour essayer de me convaincre.
De bonne humeur ce matin, et disposant de mon temps, je la suis. Je sers la main de la vieille femme penchée sur ses marmites. On échange. Elle tente de m’expliquer que vendredi, jour de la prière, la maman fait le tour du quartier avec ses jumeaux pour collecter de l'argent. A mon tour de ne pas vraiment comprendre. Pourtant, je suis presque prête à donner la modique mais symbolique somme de 100 Fcfa pour la photo. Elle refuse me disant que ça n’est pas assez. Je m’en doutais et mets fin gentiment à la conversation avec le sourire et une poignée de main. Je demande la route et file au bureau.

En racontant cette histoire à une collègue burkinabè, elle m’explique ce que je n’avais pas compris. Dans certaines ethnies, pour qu’il n’arrive aucun malheur au couple gémellaire, il est de tradition que la maman, après la naissance des enfants, aille sur le marché les "exposer" pour quelques pièces de monnaie (jamais une somme impaire); cela pour les protéger du mauvais sort.
Elle m’explique aussi que dans d’autres ethnies, les jumeaux/jumelles sont considérés comme un signe de mauvais augure, une "anomalie" de la nature et que c'est pour cette raison qu’on les tue à la naissance. A sa connaissance, cette coutume se pratique encore dans certains villages du Plateau mossi mais de plus en plus rarement. Avec les religions, chrétienne et musulmane, les mentalités tendent à changer et les gens voient les choses autrement ce qui n’est pas sans creuser les écarts entre les générations ; les plus vieux restant dans la tradition.

Il m’aura fallu passer presque 7 mois au Burkina pour découvrir cette histoire de gémellité ; un sujet qui m’interpelle partout où je vais. Je comprends aussi qu’aujourd’hui, et peut-être plus en ville qu’en brousse, les gens en ont fait leur "gagne-pain". Ce qui devait être une coutume s’est transformée petit à petit en un prétexte pour mendier.

Je ne suis pas mécontente de n’avoir rien donné ce matin pour la photo. Non pas pour les quelques francs CFA que j'aurais déboursés mais plutôt par "principe". Si je donne de l’argent pour prendre une photo de ces jeunes garçons, c’est les inciter à la mendicité et la prochaine fois qu’ils verront un ou une Nassara* avec un appareil photo, ils se précipiteront pour lui soutirer quelques sous contre une image et ça, je ne veux pas le cautionner, encore moins l’initier.

Voila pour la petite histoire d’un vendredi matin en direct de Ouagadougou ;-)

* Nassara : la blanche ou le blanc en moore (une des langues nationales)

A défaut de n’avoir pu prendre en photo les jeunes garçons de ce matin, voici celle de jumelles de Koudougou sûrement pas identiques mais habillées pareil. Photo prise lors d’un mariage traditionnel le 3 avril dernier

lundi 20 septembre 2010

dimanche 12 septembre 2010

Au creux de sa main un trésor

On nous parle d’amour altruiste, de compassion, de paix intérieure. On nous donne à lire le Plaidoyer pour le bonheur ou L’art de la méditation. J’essaie de comprendre ce qui motive l’auteur à nous initier à un modèle de vie heureuse, à nous convaincre de la profonde bonté humaine marquée de valeurs justes et nobles quand le monde nous donne à voir les sentiments les plus vils.

Je doute. Non pas des bonnes intentions de Matthieu Ricard, ni même de la capacité de l’Homme à aimer, mais de celle à revenir à un modèle de vie simple, détachée du matériel, du superficiel, de l’accessoire. N’est-ce pas trop "loin" de nos réalités, nous qui avons appris à vivre dans la modernité, à devenir égoïste pour "survivre". D’ailleurs, l’égoïsme n’est-il pas bon quand il nous fait prendre conscience de notre individualité, qu’il contribue à la connaissance de soi, qu'il nous aide à mieux comprendre l’Autre ? Celui qui est "mauvais", n'est-ce pas l’individualisme ? Celui qui occulte les intérêts d’autrui pour faire passer les siens avant tout. Cet égoïsme là, destructeur des relations humaines, n'est-il pas nuisible ?

M. Ricard, dans son dernier billet, lance une question, somme toute essentielle, mais qui appelle à la désillusion : comment cultiver l’amour altruiste ?
Cela suppose que l’on ait été initié, éduqué, conscientisé au respect de l’Autre; que l’on ait les capacités et les outils pour défricher, semer, arroser, récolter. On peut bien assister à des conférences sur le bonheur, lire des livres sur la sérénité mais si nous ne sommes pas capables de les interpréter pour mettre en œuvre ces bonnes intentions, à quoi bon !

Tant que l’altruisme restera la propriété / priorité de ceux et celles qui ont encore le temps de penser, je me demande dans quelle mesure nous parviendrons à mobiliser le monde sur l’urgence de l'Autre, nous qui vivons dans l'impatience de vouloir tout, tout de suite, maintenant, dans l’instant, sans effort.
Nous voulons des solutions rapides à nos inconforts et à nos malaises. Nous voulons maîtriser nos peurs, nos angoisses, nos joies, nos bonheurs, nos émotions, nos vies sans prendre le temps de les construire. Sans y penser. Nous devenons boulimique de l’éphémère, gourmand de l'exigence, lasse de la stabilité, impatient du changement, avide du résultat.

Comment s’affranchir de la jalousie et de l’orgueil ? Comment se détacher de la culpabilité, du paraître et de l’amour propre ? Comment devenir maître de nos pensées et non esclave, libre de nos choix et non asservi ? Comment être juge plutôt qu’avocat ? Comment acquérir cette sérénité vantée par les bouquins des librairies, véritables gagne-pains des maisons d'édition ? En la convoitant quelles heures par semaine lors des pratiques de yoga ? Comment atteindre la constance dans le tourbillon du quotidien ? En se retirant dans un monastère, loin du tumulte, pour méditer ? Est-ce encore réaliste ? Ne nous donne-t-on pas à croire en des illusions perdues ? Cet altruisme, présenté par les sages, est-il réellement accessible à tous et toutes dans des contextes que l’on sait différents et marqués d’inégalités ?

Qu’en t-il des petits bonheurs, de ces instants de joie que l'on a trop souvent tendance à banaliser pour nous concentrer sur le Bonheur ultime, celui avec un grand B qui, de toute façon, n’est qu’une quête, l’œuvre d’une vie, que l’on appréciera au bout du chemin. Il sera ce paysage que l’on découvrira et dont on restera émerveillé ou déçu selon les attentes que l’on aura nourries et le sens que l’on aura donné à notre marche.

Je me pose ces questions pour ne pas oublier. Je doute. C’est normal. Cela fait partie de l’apprentissage. Malgré tout, je reste convaincue du bien-être de l’Autre et de l’amour altruiste, celui dont Matthieu Ricard fait l'éloge.

C’est un proverbe tibétain qui dit que celui qui éprouve un tel contentement (de se sentir libéré des "fantaisies du moi") tient au creux de sa main un trésor. Je veux le sentir, ce contentement. Je veux le tenir, ce trésor. Un jour. Au creux de ma main. Pour le transmettre. Pour le partager.

Proverbe extrait du blog de Matthieu Ricard, http://www.matthieuricard.org/index.php/blog/89_inner_freedom_1/

Officiellement terminé

Vendredi 10 septembre : célébration de l'Aid et fin du ramadan. Journée fériée. Après-midi piscine. Soirée grillades d'agneau. Vive la vie d'expat(rié) !!

mercredi 8 septembre 2010

Fin du Ramadan

Ce soir, demain, vendredi ? On ne sait pas encore. Tout dépendra de la lune. Certains l’annoncent pour le 10 septembre, à un ou deux jours près selon le pays et la région. En attendant, les fidèles poursuivent le carême comme ils l’appellent au Burkina. Ils jeûnent du lever au coucher du soleil, sans boire une goutte d’eau aux heures les plus chaudes de la journée, à plus de 30 degrés. En faut-il de la volonté et de la conviction !

Bientôt ce sera la petite fête de Aid Fitr qui marquera la fin du Ramadan et dans 2 mois, la grande fête de Aid El Kebir nommé la Tabaski en Afrique de l'Ouest francophone. Ça promet d’être animé dans les rues, festif dans les quartiers.

19h45, je sors sur le balcon écouter les mosquées réclamer l’attention des fidèles. Ce soir, elles ne cessent de s’exprimer. Est-ce un signe ?
Je pense à la première fois que j’ai entendu l’appel à la prière. C’était en Turquie, à Istanbul, sur le Bosphore. La Mosquée bleue résonnait dans le silence de la ville. C’était beau, harmonieux, presque envoutant [1].
Je me rappelle que nous avions partagé, ma sœur et moi, le repas traditionnel d’une famille turque. Un moment fort de notre tour du monde des jumelles [2].
Je me demande comment ça se passera cette année, et si je fêterai l'Aid. Inch allah !

Et puis j’ai pensé au Maroc, à l’Égypte, au Niger, au Bénin, à ces pays où je suis allée et où j’ai entendu le chant des imams. Je ne me souviens plus de la Palestine, si je les entendais à Hébron et à Jérusalem ? Comment fêteront-ils l’Aid, petit et grand, ceux et celles de là-bas dont les droits sont bafoués; ceux et celles condamnés au mépris de leurs voisins ? Que ressentent-ils dans ce climat de haine quand la plupart de leurs frères et sœurs fêtent la rupture du jeûne dans le bonheur du moment partagé ? De l’injustice. Puisent-ils leur force dans la foi, leur conviction dans la religion, la tolérance dans l’humanité ? En y croyant encore ?

[1] http://jumellesansfrontieres.e-monsite.com/rubrique,06-c-est-byzance,298530.html
[2] http://jumellesansfrontieres.e-monsite.com/rubrique,07-souper-chez-les-dagoglu,298541.html

mardi 31 août 2010

Retour de vacances

Je respire l’odeur de la mer laissée sur les galets d’Étretat, ramassés la semaine dernière, aujourd’hui posés sur la table de mon salon ouagalais. Avec un brin de nostalgie il faut bien l’avouer.

L’été 2010 s’achève là, sur le seuil de la porte de la maison en Normandie, par un gros baiser à chacun de mes neveu et nièces et par un "à très bientôt" à ma chère maman. Il faut bien repartir. Direction l’aéroport de Paris. Enregistrement des bagages. Embarquement immédiat. Au revoir Papa. Bye bye la France. Salut le Maroc. Bonjour Ouaga.

Dans l’avion, je réalise que la vie passe ainsi, par étape qui s’achève. Impossible de retenir le temps; seulement les bons moments. A quoi bon s’encombrer du reste. Je retourne au Burkina, un peu à tâtons, un peu à reculons. Dans une vie que j’ai choisie et que je sais unique. Je retrouve les idées qui m’ont fait venir jusqu’ici. Les convictions qui m’animent. Ce n’est pas pour me raconter que j’écris mais bien pour me détacher de mon personnage. Je relis les mots de mes premiers billets, les craintes et les illusions, l’expérience déjà vécue. Bien sûr, mon regard a changé. Impossible à raconter encore. Il me faudra quelques années et beaucoup de recul pour exprimer plus justement ce que je ressens. Je reste dans l’émotion du moment présent, tiraillée par des questions stupides qui n’attendent aucune réponse puisque elles viendront d’elles-mêmes, avec le temps. Je dois faire confiance au monde qui m’entoure, aux gens que je rencontre, aux hasards de la vie, aux choix que je fais, à moi-même.

Malgré ces sages pensées, un drôle de sentiment m’habite depuis mon retour, celui d’avoir vécu un temps entre parenthèses où la réalité n’était pas la même. Le monde différent. Le temps aussi.
Je suis rentrée il y a à peine une semaine et cela me semble déjà une éternité. Comme si je n’y étais jamais allée, sur cette plage que j’aime tant. Comme si je n’avais jamais quitté ces lieux que je reconnais sans vraiment les regarder, ces gens que j’écoute sans vraiment les comprendre. Je redeviens la blanche à moto, à nouveau étrangère dans un environnement que je ne maîtrise pas. J’essaie de me convaincre que ça viendra avec le temps. Même si je sais que non. Mon inconscient me donne à écouter le silence de la campagne normande. Il me fait sentir l’odeur de l’herbe fraichement coupée ou celle du blé que l’on vient de battre. Il dépose sur mes papilles le goût sucré des pommes. Je touche la terre humide qui m’a vue grandir, je regarde les parapluies s’ouvrir dans le crachin honfleurais. Ce ne sont pourtant que des images de ma mémoire. Ici, je n’ai pas de souvenirs, ou très peu. Cette idée m’isole. Elle me rend solitaire. Cette solitude qui pourtant ne m’ennuie pas, ou rarement. Où que je sois, je l'apprivoise. Elle me plait même parfois. Elle m’habite sans question. Au Burkina, c’est différent. Elle devient pesante, synonyme d'éloignement, presque d’abandon. Elle a quelque chose de triste. Ici, tout ou presque se partage, même le besoin de se retrouver seule. Ah maudit exil !

Un moment des vacances qui me revient. Une discussion avec le vendeur de fruits et légumes sur le marché d’Honfleur. Me voyant avec mon appareil photo en bandoulière, il me demande :
- Alors, c'est la journée photo ?
Je lui réponds que non, que ce serait plutôt une journée souvenir.
- Ah bon ?! Parce que vous habitez loin ?
Sans vouloir entamer la discussion je lui réponds que oui, à quelques milliers de kilomètres, mais que je suis une fille de la région. Il comprend à mon air peu bavard que la conversation s’arrêtera là. Pour finir, il ajoute :
- Comme quoi, on revient toujours à ses origines.

Ah, si vous saviez mon p’tit monsieur combien ces melons de Cavaillon, ces tomates cœur de bœuf ou ces chèvres frais me transportent ailleurs; toutes ces bonnes odeurs que vous respirez à longueur de journée deviennent pour moi un instant de bonheur. Vécu. Retour à une autre vie.

mercredi 11 août 2010

Allongée sur le sable, ici, je ne m'imagine pas vivre là-bas, au Burkina. Je ne peux pas non plus m'empêcher d'y penser. J'écoute le bruit du monde qui m'entoure. Aucune sollicitation. Personne pour m'appeler Nassara. Je suis une fille "ordinaire" dans un environnement "familier", chez moi, en Normandie.

Ce soir, c'est marée basse. J'ai envie d'aller jusqu'à la mer, tremper mes pieds dans l'eau fraiche de la Manche. Ca fait longtemps. Mes pas s’enfoncent dans le sable. La lumière est douce. La température est parfaite. Sentiment de quiétude.

Elle me manquait cette mer où nous nous baignions, ma soeur et moi encore enfants. Bien souvent, mon père annonçait le départ à la plage vers 20h. C'était l'euphorie à la maison. On enfilait nos maillots de bain et on prenait les bouées. Ma mère nous accompagnait parfois. Je me souviens la suivre du regard jusqu'à l'eau toujours un peu fraîche pour elle, d'une démarche nonchalante qui ne traduisait pas son tempérament énergique. Comme si déjà, elle était lasse de sa vie. Elle nageait seule, une trentaine de minutes. Je ne lui ai jamais dit mais j'avais toujours peur qu'elle ne revienne pas. Emportée par le courant ou simplement envie de disparaitre. Je guettais de loin sa silhouette de retour. Elle s'assoyait sur le sable. Jamais elle ne s'allongeait. Elle nous surveillait d'un oeil maternel. Quelques gestes d'affection, une caresse dans les cheveux, un mot gentil, rien de plus. Une façon différente d'aimer. C'était comme ça. Ca ne nous empêchait pas, ma soeur et moi, de sauter dans les vagues, de faire des pirouettes du haut des épaules de mon père, de rire fort. A la maison, de bons croque-monsieur nous attendaient. Je me souviens de ces étés. C'était bien. C'était heureux.

Adolescente, des fenêtres du lycée qui longe la plage, je regardais les cheminées du Havre brûler le ciel gris de la Normandie en rêvant de la quitter. C’est ce que j’ai fait. J’ai traversé des frontières, habité d’autres continents. Quinze ans plus tard, je regarde ces mêmes cheminées avec des yeux différents. Sans banaliser le voyage ni la vie outre-mer, on dirait que je rêve d’autres choses. Il va falloir les vivre pour les raconter.

Il est plus facile de rêver à son avenir, allongée sur une plage, à regarder les cerfs-volants voler, les enfants jouer, les chevaux galoper. On sélectionne les souvenirs, on oublie les plus douloureux. On pense au bonheur. On s'invente une vie heureuse, loin des songes de la vie ordinaire.

Je suis chez mes parents. Ils n’ont pas vraiment changé ; la cour de ferme non plus. Il y a quelque chose de rassurant dans cette constance. Le passé est intact. On parle du temps des moissons. J’ai dans le nez le parfum de mon enfance, et dans la tête des images de bonheur. Je fouille dans le grenier de ma mémoire pour retrouver l'authenticité des premiers instants de cette vie. Eloignée du pantin adulte en quête de maturité. Pas de nostalgie. Plutôt une mélancolie semblable à la grisaille normande. C’est ici que j’ai grandi et que je reviens y passer les vacances. Je profite du repos, des jours de pluie et de soleil pour ne rien faire. Alternance entre fraicheur et douceur.

Pourtant, il y a quelque chose de plus triste dans cette constance. Un sentiment d’éloignement, un vécu difficile à partager. Ce que je fais, ils ne le savent pas vraiment. Ils ne le comprennent pas non plus très bien. Ils ne posent pas de questions. Ils ne demandent pas à voir les photos de là-bas. Personne pour écouter raconter cette vie. Seulement des brèves. Chacun pour demander si je m’y sens bien. Pas heureuse mais bien. On ne peut pas s’imaginer le bonheur en Afrique, au Burkina. Je laisse dire. Il y a dans le silence beaucoup plus de vérité que dans ces mots qui ne parviendraient pas à exprimer la juste émotion des moments vécus. Ce serait faux de dire que je n’attends rien. J’essaie seulement.

Ce matin, j’ai regardé le soleil se lever dans la brume apaisante de ce début de journée. Je me suis arrêtée sous le cerisier. J’ai cueilli un fruit lavé par la rosée. Sans me poser de question, je l’ai mangé. C’était bon. Le goût sucré de la fraicheur matinale.
Bonjour simplicité.



dimanche 25 juillet 2010

Vagabondage

Elle filait devant moi, la mobylette pétaradante qui longeait la route de la forêt, pour s’arrêter finalement à la première station essence. Le gars, un grand type sur une petite P50, affichait un large sourire sans raison. Il semblait avoir trop bu. Il paya les 1000 FCFA qu’il devait au pompiste et remonta sur son bolide. Au démarrage, même bruit, même fumée qui se dégageait du tuyau d’échappement, même zigzague sur la route parsemée de nids de poule. Éclairé d’une faible lumière, il accentua son virage sur la droite et tourna à la dernière minute. J’en fis autant.

La poussière me piquait les yeux. Mon casque sans visière m'obligeait à plisser les paupières pour suivre le type et sa vieille bécane.
Il ne conduisait plus que d’une main, l’autre occupée à fouiller dans la poche de son veston trop grand. Il en retira un téléphone cellulaire. Sans même s’arrêter, il entama la conversation, l’appareil collé sur son oreille gauche, la main droite agrippée à l’accélérateur. Il parlait en moore. Je reconnus le « Ne Y zaabre » qui saluait la soirée. Après quelques minutes de conversation, il raccrocha. Sans même se soucier de la circulation, il passa au rouge. Je le suivais. Cela me donnait le prétexte d’une ballade nocturne dans les rues de Ouaga par un vent frais.

Nous roulions en direction de nulle part. Je reconnaissais les lieux ce qui me donna assez de confiance pour continuer la route. Au rond point des Nations unies, nous tournions à droite. Puis au quatrième feu, à la pâtisserie Depoya, à gauche. Je soupçonnais le lieu de rendez-vous. Mes impressions se confirmèrent quand il s’arrêta devant la Matata, un maquis dansant. Il laissa sa mobylette au gardien, poussa la porte de l’établissement et disparut dans l’embrasure. Le filet de lumière tamisée laissait présager une soirée bien arrosée. Ma course avec lui s’arrêtait là. Je rentrais à la maison.

Soirée d’un vendredi à vagabonder dans rues de Ouagadougou, libre de choisir la route, de prendre un chemin différent au retour, de partager ce moment de vie, de ne jamais être vraiment seule.

samedi 3 juillet 2010

Vuvuzela à off

Le Ghana en demi-finale ... On y croyait, on en rêvait, mais non. Ca n'est pas arrivé. Au lieu de ça, la déception. D'abord au penalty manqué, puis après aux tirs aux buts. Au premier but bloqué par le gardien uruguayen, les sifflets ont retenti, les défaitistes ont quitté la Maison du Peuple où le match était projeté sur écran géant, les motos ont démarré au quart de tour laissant derrière elles des nuages de poussière, les vuvuzela se sont tues. Franchement décevant.
Tant pis, le Ghana ne rentrera pas dans l'histoire du football 2010. Le rêve continue.

samedi 19 juin 2010

Un samedi matin, dans un bus en route vers Bobo

Je regarde la campagne Burkinabè défiler sous mes yeux. Le paysage devient de plus en plus vert. Les manguiers sont magnifiques et s’imposent le long de la route. Les femmes et les hommes s’activent au champ. Ils travaillent à leur rythme. Les enfants se baignent dans les mares et jouent au ballon. Les vélos circulent d’un sens et de l’autre. De mon bus climatisé, je me demande comment ils font pour parcourir des kilomètres, sous cette chaleur, dans cette poussière, avec parfois de vieilles bécanes en mauvais état. A mes côtés, une dame habillée en pagne du 8 mars, journée de la femme. Chic. Maquillée. Coiffée. Parfumée.

Le sourire au coin des lèvres, je me dis que je suis bien ici, dans ce bus, en direction de Bobo Dioulasso. Je me sens heureuse. Je ne voudrais être nulle part ailleurs. Ce moment, il est à moi. Je choisis de le partager. Dans ce flottement de bien-être, une question me vient quand même à l’esprit : que restera-t-il de cette vie au Burkina quand je n’y serai plus ? Des souvenirs, des amitiés peut-être. Une expérience.

Sur fond de musique québécoise (dans mes oreilles « mp3risées »), je lis Afrique(s) de Raymond Depardon; un livre que j’ai reçu de ma meilleure amie et que je lis et relis. Il me touche. Il m’inspire. Il y a des gens comme ça qui vous marquent. Depardon en fait partie. Peut-être parce que dans ses photos et dans ses mots, je me retrouve. Comme lui, je ne me sens ni voyageuse, ni aventurière, discrète dans ma découverte. J’habite le moment. Comme lui j’ai grandi sur une ferme. Comme lui je sentais la bonne odeur de la nature, libérée du temps et des responsabilités. Je devenais bergère ou ornithologue. Je cachais mes petits trésors dans les greniers à foin. J’aidais mon Papa le temps des moissons. Perchée en haut de mon arbre, je rêvais à l'avenir. C’est dans ce bonheur que j’ai grandi, que mes voyages se sont réalisés. Quand je retourne là-bas, en France, dans la ferme familiale, bien sûr les illusions ont disparu mais l’émotion est intacte. Je plonge dans un autre temps. Une bouffée de souvenirs. Un sentiment de confort. Un cocon douillet dans lequel je me retrouve au plus profond de mon être. Je suis chez moi. Le temps a passé. Un écart s’est creusé. Ce « vide », je le remplis de petits bonheurs et de peines vécus.

« Vous êtes invitée ! » Mon nouveau voisin m’arrache à mes pensées en me proposant de partager son poulet bicyclette. Je refuse poliment. Ici au Burkina, il est d’usage de proposer aux personnes de partager son repas. Il est aussi d’usage de refuser poliment.

Dans quelques semaines, je retrouverai ma Normandie, et cette cour de ferme qui m’a vu grandir et qui est peut-être la seule à traverser les années sans vieillir.

lundi 31 mai 2010

Chosiner ou faire quelque chose

Un mois que je n’avais pas écrit. Pour dire vrai, je ne suis pas très inspirée. Peut-être parce que les jours se ressemblent, que le quotidien est moins « trépidant », qu’une certaine routine s’installe. Les nouvelles se distancent et les pensées se détachent de l’émerveillement des premiers jours. Je vis la vie d’ici, avec son lot de plaisirs et de contraintes.

Je dois bien reconnaître qu'il y a des jours où je me sens plus "irritée" - ou irritable - que d'autres quant à "l'approche" interculturelle.
Si je fais des efforts pour comprendre nos deux cultures, je ne peux pas dire que mes interlocuteurs Burkinabè en fassent tous autant. Certains ont une image tellement figée de l’Occident qu'ils ne voient que des Nassara* courir après le temps et l’argent, des femmes et des hommes qui ont oublié l’essentiel : la simplicité. Et si dans le fond, ils n'ont pas tout à fait tort, cela ne fait qu'alimenter un débat trop souvent "stérile".
Comment faire autrement que de reconnaître nos différences quand on a grandi dans deux modèles, deux systèmes marqués par des croyances, des valeurs, une éducation ?

Au Burkina, les croyances – animistes ou religieuses – influencent beaucoup les façons de penser, les comportements et les choix de vie. Pour un Burkinabè, être mécréant ou athée est difficilement concevable; surtout quand on remet l'avenir à Dieu. Au pays des hommes intègres, on prie. Pas individuellement mais en communauté.
Les musulmans se réunissent pour la prière et, quand l’appel des mosquées retentit, les rues se transforment en un rassemblement de croyants, prosternés sur des tapis colorés, citant le Coran. Les chrétiens vont à la messe, leur banc sous le bras, écouter des heures durant le sermon du prêtre. Les animistes implorent les dieux et vouent leurs pensées aux âmes. Les sacrifices se pratiquent pour exaucer les vœux et conjurer le mauvais sort.

Les religions "cohabitent" très bien dans ce petit pays. Il y a une grande tolérance, et beaucoup de respect à cet égard. Une chrétienne épousera un musulman et vice versa sans que cela ne crée de problème au sein des familles. Les enfants grandiront dans les deux religions. Dans certaines communautés, comme celle des Touaregs, les membres de la famille se marient entre eux.

J'ai compris aussi que la religion est une "activité sociale" qui permet de partager un moment de vie. Ma voisine me disait un dimanche de mai de l’accompagner à la messe. Je lui ai répondu que je n’étais pas vraiment pratiquante. Elle me dit de venir, que ça n’est pas grave, qu’on sera entre nous. C’est tout.

* Nassara veut dire le Blanc ou la Blanche en mooré

J’avais promis un lexique burkinabè. Je le commence avec :

- Chosiner = faire quelque chose
- C’est pas arrivé = Ça ne suffit pas (souvent utilisé quand on négocie les prix)
- C'est gâté = C’est en panne, c’est abîmé
- C'est 100 francs, 100 francs = c'est 100 francs pour chaque produit

Pour poser une question ou demander quelque chose, les Burkinabè commencent souvent leur phrase par « de » ou utilisent le verbe « falloir ». Par exemple :
- De fermer la porte = Merci de fermer la porte
- De vider la corbeille ? = Est-ce que je peux vider la corbeille ?
- Faut faire un effort = il faut être plus conciliant ou généreux (quand on négocie les prix)

Le verbe « envoyer » signifie souvent apporter ou amener.
- D’envoyer la monnaie = Merci de rendre la monnaie
- Faut démocratiser = il faut partager

Vie courante :
- Un six mètres = un pâté de maisons (rues souvent en terre)
- Le goudron = route ou rue bitumée
- Une sucrerie = un coca cola, fanta, sprite, etc.
- Un maquis = un petit restaurant de quartier où l'on peut boire, manger et/ou danser le soir du coupé-décalé bien souvent

Formule d’usage ou de politesse :
- Bonne arrivée = bonjour, bienvenue
- Demander la route = prendre congé
- Ça fait 2 jours = ça fait longtemps
- Je te dis !! = exactement, tout à fait
- C'est comment ? = Comment ça va ? Quelles sont les nouvelles ?

Quand on est malade, il est d’usage de terminer son échange avec la personne souffrante par « Meilleure santé ». Pareil après le repas, souhaiter une « Bonne digestion ».

Le bonsoir commence entre 13 et 14h.

Les Burkinabè emploient des mots qui reviennent souvent dans la conversation :
- Voilà (avec le "a" allongé) pour dire que son interlocuteur à bien compris l'idée
- C'est ça
- "Chose" pour parler de quelqu’un
- "Ou bien" pour dire "N’est-ce pas ?"
- "Ca va aller" pour dire que les choses vont s'arranger

Le poulet bicyclette ou poulet télévision (ou télévisé) : poulet grillé, poulet à la broche. "Bicyclette" parce que les poulets au Burkina courent librement dans les rues, dans les jardins. Ils ont donc des cuisses semblables à des coureurs cyclistes. "Télévision" car le four dans lequel le poulet tourne ressemble à une télévision.

Tantie : une femme d’au moins une trentaine d'années (expression affectueuse).

mercredi 28 avril 2010

L’enfer c’est les autres

J’ai presque honte d’écrire que le temps me manque. Bien trop occupée à sortir et à me divertir, je néglige la narration de mes aventures. La paresse me gagne et je deviens avare de nouvelles.

Ce soir, je rentre d’un concert au centre culturel français dans le cadre du festival de Jazz à Ouaga, bien décidée à écrire un petit quelque chose. Pas sur le concert en plein air et au clair de lune mais sur mes éternels états d’âme. Les fatigués peuvent arrêter ici la lecture mais la suite promet d’être teintée de notes humoristiques alors restez encore.

J’écrivais dans mes premiers billets que l’expérience au Burkina me permettrait de me réinventer. J’ai noté que ces derniers jours, j’avais réussi à me perdre dans cette « réinvention », dans la transition de mes deux vies, devrais-je dire trois : celle de la France, du Québec et maintenant du Burkina.
Bien sûr c’est normal. Cela fait partie du processus de changement mais je n’accepte pas l’idée de me laisser affecter par un automatisme de pensées qui m’emprisonne. Je dois nécessairement reconnecter mon être et mon bien-être avec moi-même. Je dois retrouver cette quiétude et cette attitude simple et paisible qui m’habitent. Quand je me regarde, je ne me vois plus. Une introspection s’impose, pour remettre les choses à niveau.

Il y a toujours ce petit quelque chose que l’on voudrait changer, cette imperfection qui nous rend incertain, ce malaise qui s’installe, ce tourment qui devient une obsession. Être soi-même, dans toutes les situations et à toutes les occasions, relève du défi. Cela demande une véritable discipline et un contrôle de soi.

Encore plus quand on débarque dans un nouveau contexte, en parfaite inconnue. Il est facile de tomber dans la "corruption d’identité". On se laisse tenter par le paraître et rattraper par l’envie de plaire. Pour être acceptée dans le cercle fermé de la communauté expatriée, il faut passer le test de la fille cool. Définition.

La fille cool doit aimer sortir, boire, manger, danser, éventuellement fumer. Elle doit aimer les BBQ et la piscine (surtout la piscine le dimanche parce que c’est la journée de la semaine où l’on se retrouve entre expats autour du bassin pour jaser, se tenir informé des derniers potins (souvent ceux de la veille) et bitcher à l’occasion). La fille cool doit avoir le sens de l’humour et de la répartie. Elle ne doit pas être trop laide, pas trop blonde, pas trop chiante (l’euphémisme serait « pas trop française »), pas trop compliquée, pas trop nounoune, pas trop sérieuse, pas trop coincée, pas trop indépendante, pas trop vieille, et bronzée uniformément. Elle doit avoir une tune préférée qui passe en boîte de nuit et évidemment un bikini suffisamment échancré pour la piscine du dimanche; sans bourrelets ni poils, ça va de soi (yogi et granola s’abstenir). Beaucoup de qualités et de compétences évidemment impossible à réunir chez une seule et même fille mais elle s’y emploiera, le temps de son séjour à Ouagadougou.

Sans me vanter, je pense avoir passé le test. Pas sur tous les points (comme la tune en boîte et le bikini échancré) mais dans l’ensemble. Je suis assez bien acceptée puisqu’on me texte (on m’envoie des SMS) pour sortir le soir, et parce qu’on m’appelle "Caro".

Et même si je ne me reconnais pas vraiment dans ce petit monde clos – et que probablement je ne me reconnaitrai jamais totalement, je me fais une place. Comme partout, il y a des gens supers, et d'autres moins. Chacun est là pour des raisons qui lui appartiennent. On se rend compte aussi que ce ne sont pas nécessairement les gens les plus ouverts qui vivent en Afrique. Certains sont là seulement pour profiter des avantages d’une vie confortable à l’étranger. Et même si leur choix de vie n’est pas le mien, ça ne m’empêche pas de les fréquenter ici, à Ouagadougou.

C’est tellement plus facile de penser que l’enfer c’est les autres. De prétexter qu’on ne sent pas bien à cause d'eux.
L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est la relation que l’on entretient avec eux quand on ne parvient pas à se soustraire de nos émotions, et que l’on est en prise à des sentiments qu’on ne peut contenir. On accuse l’autre d’être responsable de nos peines.

Comme l’écrit si justement Matthieu Ricard, la période de tourments (que je traverse dans ma tête) ne durera qu’un temps. Elle me permet de faire l’expérience du monde et de moi-même. Je suis confiante de me retrouver. L’égarement fait partie du voyage.

La prochaine fois, je promets que le billet sera plus léger. Je vous parlerai de l’intégration à la mode burkinabè. Un avant goût.

Il y a deux semaines, j’étais à la clinique. J’attendais de voir le docteur dans une salle d’attente remplie au tiers de sa capacité. Un peu en douce il est vrai, je sors un chewing-gum de mon sac pour calmer mon impatience. Au moment où je m’apprêtais à le mâchouiller, une infirmière, le sourire au coin des lèvres, me glisse en passant à côté de moi : « Faut démocratiser ». Mon incompréhension m’amène à lever le regard et à lui demander pardon. Elle répète sur le même ton de voix, nonchalant mais affirmé : « Faut démocratiser ». Je lui demande ce que cela signifie. Elle me répond « Que vous n’êtes pas d’ici ». La discussion s’arrête là. Je la recroise un peu plus tard. Elle me regarde les mêmes yeux rieurs, le même sourire moqueur. Je comprends que j’aurais du partager mon paquet de chewing-gum avec le reste de la salle. Impression confirmée le lendemain par une collègue burkinabè. Mon individualisme occidental avait zappé le détail du partage; pas l’infirmière, et probablement pas les dix autres personnes de la salle d’attente.

jeudi 15 avril 2010

La pluie des mangues

41 jours que je suis ici, 41 jours que je n’avais pas vu la pluie. Elle est arrivée hier, avant minuit. Ca commençait à être dur pour la Normande que je suis !

Le ciel grondait. Au loin des éclairs. Plus proche le tonnerre. De ma fenêtre, j’observais le vent balayer la cour, son souffle arracher les dernières feuilles fébrilement accrochées aux branches. J’écoutais et j’observais. L’atmosphère était humide. L'odeur de la terre dans l'air. Quelque chose devait se passer. Il allait pleuvoir. La journée avait été tellement chaude. 45 degrés à l’ombre.

Deux heures avant, des gouttes de sueur perlaient encore sur nos fronts d'expatriés alors que nous buvions une bière fraîche au De Niro, éclairés par les phares des motos et plus rarement des autos, et par les habitations avoisinantes qui bénéficiaient d'une génératrice parce qu'une fois encore, l'électricité nous avait lâché. Délestage dans le quartier. Pas assez de courant pour tous. Sans ventilo ni clim, nous ne parlions que de ça, de l'insoutenable chaleur !

Là, allongée sur mon lit, j’attendais la pluie. Elle est arrivée. Timidement. Quelques gouttes sur la terre rouge. Une fausse pluie pour reprendre les mots de ma collègue burkinabè. La première pluie, celle des mangues qui lave les fruits de saison, sucrés et juteux.

Après une heure, le vent a fui, emportant avec lui la pluie. Le lendemain, l'air semblait plus frais. Impression vite dissipée à l'heure du midi, quand le soleil était à son zénith. La saison chaude durera jusqu'en juin et après, ce sera celle des pluies.

En attendant, les mangues sont propres, délicieuses, pour certaines encore vertes, solidement accrochées aux arbres.

dimanche 28 mars 2010

Moment présent

Récemment sur son blog, Matthieu Ricard parlait de l’abandon et des bénéfices de laisser tomber le superflu, le vain et l’inutile au profit de l’essentiel. Il évoquait le fait que dans la vie, il fallait savoir se détacher des préoccupations qui ne contribuent en aucune façon à notre bonheur véritable mais plutôt être conscient de n’abandonner, à aucun prix, la poursuite de ce qui en vaut vraiment la peine : la transformation de soi en vue d’accroître le bien-être des autres et de remédier à leur souffrance.

J’ai trouvé dans ses mots le sens de mon engagement au Burkina et le pourquoi de mon départ en Afrique. Il a su traduire ce en quoi je crois et que j’avais oublié ces dernières semaines : l’altruisme, cette force qui peut nous ouvrir les portes de la connaissance de soi et des autres.

Me concentrant sur mes préoccupations, j’en oubliais le bien-être d’autrui, condition intrinsèque au bonheur véritable.
Mon égo me disait : « Toi qui as tant voyagé, pourquoi ne t'adaptes-tu pas mieux ? ». En l'écoutant, je m’éloignais de moi. Je me perdais dans les doutes et le questionnement. J’oubliais de vivre le moment présent. Je m’enfermais dans une bulle pour tout ignorer des réalités. Et pourtant je suis ici, en Afrique, au Burkina Faso. Je dois trouver l’humilité d’écouter les gens que je rencontre, d’apprendre d’eux et du pays dans lequel je vis. Et si le temps me semble toujours en suspend, je m’oblige à ne pas le retenir et à ne pas l’anticiper. J’essaie de le laisser aller, tout simplement, en me nourrissant de ce qui m’entoure, en allant vers les autres. Prendre les choses comme elles viennent, avancer dans la vie avec confiance sans trop se projeter. Se laisser porter par le vent et voir où il nous mènera.

Ma mère m’écrivait : « tu es une jeune femme courageuse, peut-être un peu naïve sur notre pauvre monde. Il devra changer un jour sinon ce sera le chaos ».
Mais pour qu’il change Maman, il faut l’aider par des actions collectives et une conscientisation. Bien sûr cela paraît illusoire, utopique, mais quel autre choix avant nous : œuvrer pour un monde plus juste ou fermer les yeux sur un monde en triste devenir ? Je choisis la première option parce que je refuse le pessimisme et la peur. Parce que je veux regarder le monde avec des yeux qui sourient même si parfois, j’ai la triste impression qu’ici, en Afrique, une vie ne vaut pas grand-chose.

Dans mon quotidien, je commence à trouver mes repères. J’ai aménagé ce week-end dans un appartement. Je croise mes voisins burkinabè, tous très gentils et accueillants. A 4h30 du matin, je suis réveillée par l’appel à la prière – il y a une mosquée non loin de là, et un peu plus tard, par le chant du coq. Des enfants jouent dans la cour. Le lieu est vivant.

Avec ma moto, je circule dans les rues de Ouaga, librement mais prudemment, un casque sur la tête. La semaine dernière, je suis allée au village avec une amie et un groupe de jeunes burkinabè. Nous avons visité un marché avec les odeurs de l’Afrique. Et puis nous avons mangé de la viande de lièvre en brousse. C’était chouette d’être là. Nous sommes rentrés les pieds et le visage plein de poussière mais le sourire aux lèvres. Heureuse d'avoir vu un peu plus de l'Afrique.

En termes professionnels, les défis sont grands. Mon mandat est double : appuyer un partenaire du secteur de la jeunesse au niveau du renforcement de ses capacités organisationnelles et contribuer à la capitalisation des savoirs et des leçons apprises de l’organisation pour laquelle je travaille.
C'est à la fois stimulant et épeurant d’évoluer dans un contexte qu’on ne connaît pas. Il faut être prudent, prendre son temps, écouter, observer, se fixer des objectifs réalistes avec les partenaires. Difficile de mesurer le concret et l'impact de notre travail. Il nous faut sans cesse penser stratégies, développement durable, résultat ultime. Pour être tout à fait honnête, je me demande parfois ce que ça veut dire et comment c’est mesurable. En quoi nos actions font une différence et pourtant, c’est sûr, la différence est là. Non palpable mais réelle.

Voila pour aujourd’hui. Partager mon quotidien et ce que je vis est une bonne thérapie qui m’aide à avancer et à me comprendre. C'est aussi ce qui restera au terme de cette expérience de vie.

Je suis heureuse d’être ici. Je m’accroche à un début un peu difficile, avec la ferme intention de garder le sourire, de me connaître un peu plus encore et de rester à l’écoute des autres.

lundi 22 mars 2010

L’harmattan

Ce vent chaud du nord-est souffle sur Ouaga depuis 3 jours. Il transporte les sables du Sahara et se déplace vers le sud. Il laisse derrière lui une fine poussière qui pique les yeux et la gorge. A moto, on roule un foulard sur le nez. On se croirait dans un rallye.
En fin de journée, la lumière est belle. Le ciel devient orangé. L’air reste chaud. L’atmosphère s’obscurcit. On devine les silhouettes dans le brouillard. L'ambiance nous transporte dans un autre monde. Combien de jours soufflera-t-il encore ?

lundi 15 mars 2010

Services de santé burkinabè

En mal d’inspiration, j’ai testé pour vous les services de santé burkinabè, de qualité s’il vous plait.

Je me suis réveillée samedi avec 39,5 de fièvre, un vrai mal de gorge et des courbatures. Ca n’allait vraiment pas bien. Direction la clinique. Diagnostic : angine avec début de bronchite.

Je vous raconte l’épisode. J’arrive à la clinique vers 11h45. Je demande à la réceptionniste si un médecin est de garde. Dans une lenteur africaine, la dame me répond que 3 ou 4 personnes attendent déjà. Après une pause dans la phrase, elle me dit qu’un deuxième médecin devrait arriver à midi … Inch’Allah ! Je comprends que ça peut être long mais dans mon état, je n’ai pas le choix. Je m'assois et je prends mon mal en patience. A midi pile, le docteur, une jeune femme très efficace, me reçoit, m’ausculte avec attention, me prescrit la médication nécessaire et le test de la goutte épaisse pour détecter un éventuel palu ainsi qu’un test sanguin complet pour m’assurer que le mal ne viendrait pas d’ailleurs. Pour cela, elle m’envoie dans une autre clinique. Je prends un taxi collectif (vieille bagnole verte qui roule on se demande comment). Je paye la course 200 FCFA, passe les tests et reprends un autre taxi pour me rendre cette fois-ci à la pharmacie. Je négocie la course. Encore. Tout se marchande ici, même à 39 de fièvre. Je tente de garder l’esprit clair. Pas évident. La nuit déjà je délire, me réveillant en sueur, perdue entre le Québec, la France et l’Afrique.
A 16h, je retourne chercher mes tests. Heureusement, et comme je m’y attendais, tout est correct. Je me traite donc aux antibiotiques et rattrape la fatigue en dormant 12 heures par jour. Aujourd’hui dimanche, ça va beaucoup mieux. J’ai même pu profiter d’une petite baignade et parfaire mon langage d’expat autour de la piscine.

Dans tout ça, j’ai eu le temps et l’énergie d’investir dans une moto pour me déplacer seule dans cette grande ville de Ouaga. Je dois dire que je suis assez fière de moi. J’ai réussi à me rendre aux endroits voulus, sans me perdre, me faufilant parmi les autres motos, vélos, autos, piétons, charrues, etc. Un immense bordel presque indescriptible. Il faut le vivre pour le comprendre. En tout cas, je reste en mode apprentissage en commençant à trouver mes repères. La vie est ici, à un autre rythme.

mercredi 10 mars 2010

Symptôme : choc culturel

"Finalement en route vers ton bien aimé Burkina", m'écrivait un ami congolais; un Burkina que j’avais aperçu il y a 3 ans et que je regarde aujourd’hui avec des yeux nouveaux. J’avais laissé dans ma tête d'autres souvenirs, d'autres odeurs aussi.

Me voici donc à destination après 12 heures de vol, 2 escales (Casablanca et Niamey), 5 heures de décalage. Accueillie par un chaleureux bonjour et bienvenu en Afrique.

Demain, ce sera le temps de la rencontre avec l'équipe, l'inscription à l'Ambassade du Canada, l'achat d'un cellulaire, l'ouverture d'un compte bancaire, les visites de maisons, et un peu de repos.

Premières impressions : elles sont bonnes mais il reste un mais.
Rappelez-vous mon billet du 25 janvier avec la courbe de hauts et de bas. Et bien j’y suis, à l'étape du choc culturel. Déjà en processus d’adaptation. Jamais assez préparé. Trop rapidement de retour de lune de miel.
Et même si ça n’est pas mon premier voyage ni ma première expérience outre-mer dans un pays en développement. Même si je suis à la capitale et bien encadrée, j’ai le blues, la nostalgie, les questions qui viennent avec les doutes. Symptôme : fatigue culturelle, physique et psychologique.
Une autre réalité : ma vie à Montréal me manque. Pourtant, je n’y pense pas trop; la distance aidant.
Je suis la petite nouvelle, fraîchement débarquée par plus 40 degrés. Je voudrais maîtriser mes émotions, trouver rapidement mes points de repère, m'entourer de bonnes personnes, paraître déterminée.
Laisse-toi le temps me dit mon esprit éveillé. Laisse-toi le temps de comprendre avant de te lancer tête baissée dans l’aventure. Développe des stratégies. Pose-toi LA vraie question : pourquoi es-tu ici ? Parce que l'expérience sera riche, humaine, palpitante.

J’ai trouvé en relisant mes notes de quoi me donner confiance :
« Le fait est qu’un grand nombre de ceux dont l’activité à l’étranger sera la plus efficace subiront au départ un choc culturel intense.* »

* Selon une étude des conseillers techniques canadiens à l’étranger sur l’efficacité interculturelle, 2001

dimanche 28 février 2010

Des papillons dans le ventre

Une amie, ex-collègue, m’écrivait en début de semaine : « tu dois commencer à avoir des papillons dans le ventre ». Cette expression reflète exactement ce que je ressens aujourd’hui. L’excitation et l’impatience du lendemain. La légèreté dans l’âme. L’esprit apaisé, presque serein. Libre de me réinventer.
Et si ma personnalité restera la même quelque soit l’expérience, mes attitudes, mes pensées, ma connaissance vont évoluer. Qui disait que la constance s’inscrit dans le changement.

Cette semaine, j’ai accompli ma routine une dernière fois avant d’en construire une autre ailleurs ; une routine faite de non routine parce que dans chaque jour qui passe et qui se répète, les variables sont changeantes : l’heure des repas, le lieu des rencontres, la date d’une activité, etc.

J’ai vécu ces derniers jours comme ceux que l’on saisit pleinement pour en faire des souvenirs; ceux faits de nostalgie, d'attente aussi; ceux qui nous rendent vivant. Je me disais qu’il fallait partir loin pour faire le plein d’émotions ;-)

Donc j’y suis. A la veille du grand départ. J’ai dit au revoir aux amis, empaqueté et entreposé les quelques choses que j’avais, fait les valises. Je suis prête.

Je vais me laisser le temps d’arriver, le plaisir de découvrir, le droit d’écouter et d’observer et je vous raconterai le Faso comme je le vivrai. Je vous dirai si les papillons ont pris leur envol.

samedi 13 février 2010

De la normalité en boîte

Quand je pense normalité, je pense conformisme. Je pense à un immense pigeonnier où chacun devrait fiter* dans une niche identifiée par les normes sociales : situation familiale, statut social, secteur professionnel, niveau scolaire, religion, orientation sexuelle, couleur de peau, citoyen ou immigré, citadin ou rural, croyant ou mécréant, de droite ou de gauche, etc.

L’étiquetage social donne l’impression aux individus d’évoluer dans une société organisée, structurée, planifiée, plus facilement justiciable. Il crée une zone de confort où chacun peut y trouver sa place et "caser" l’Autre. Il devient alors plus facile de trouver ses repères, de constituer des groupes pour s’y identifier.
Mais cet ordre n'est qu'un leurre qui crée un malaise et, d’une certaine façon, nous marginalise pour mieux nous exclure d’un système aseptisé. Il ne fait qu’accentuer notre sentiment de culpabilité d’être différent des autres. Il nous rend inclassable et nous laisse penser que le seul choix qu'il nous reste : nous dépêcher de nous aménager une niche confortable et douillette pour mieux nous y cloisonner.

Cependant, nous aurions tort de nous arrêter à ce choix. Si se fondre dans la masse revient à s’oublier et finalement, oublier l’Autre, pourquoi ne pas rester conscient de son individualité au risque de paraître égoïste ? Pourquoi ne pas s’affirmer en tant qu’être unique plutôt que de se laisser dissoudre dans un collectivisme incapable de répondre à nos valeurs ?

L’idée n’est bien sûr pas de flatter son ego pour acquérir de la confiance ou pour satisfaire un besoin de reconnaissance mais bien plus de prendre part au monde, de se réaliser dans un optique de partage et d’engagement tourné vers les autres, de s’aimer pour pouvoir aimer ceux qui nous entourent et ainsi contribuer à leur bien être, d’avoir l’humilité d’exister pour ce que nous sommes tous, des êtres humains et non des surhommes.

Si nous ne sommes pas capables de nous respecter, nous devenons incapables de respecter autrui et ainsi, nous échouons dans notre mission d’être attentif et bienveillant envers Lui; règle d’or de l’altruisme.

Nous ne devrions jamais oublier que la force qui nous habite réside dans notre Essence et non dans notre Égo.
Savoir s’oublier rend une personne belle. Et c’est cette Beauté qui invite à la contemplation.


* Anglicisme utilisé au Québec pour signifier "convenir".

mercredi 10 février 2010

L'amour donne des ailes

Aujourd’hui j’ai accompagné ma petite sœur (jumelle) à l’aéroport.
Elle s’envolait pour la Bolivie, rejoindre son amoureux.
Le hasard voulait que ce soit à quelques jours de la St Valentin.
On va dire que l’amour donne des ailes.
L’émotion sur ses joues, la joie dans ses yeux. C’était beau à voir.
Le bonheur palpable, la légèreté dans l’air. Envie de partager.
Simplement ça. Tout ça.

samedi 30 janvier 2010

L'éphémère peut-il nous rendre heureux ?

Nous cherchons tous – ou presque tous, sans vraiment oser nous l’avouer, la reconnaissance de nos pairs, de nos proches, de ceux qui nous entourent. Nos attentes créent des déceptions qui, parfois se transforment en amertume, parfois en rancune. Nous voulons bien faire. Nous voulons plaire. Nous voulons être aimés. Nous voulons tout à la fois. Nous voulons être différents des autres dans un monde qui nous ressemble. Nous cherchons l’amour qui n’existe pas toujours, nous cherchons l’amitié qui peut être une excuse à la solitude, nous cherchons à vivre des émotions qui nous exaltent, des sentiments qui nous transportent, des images qui nous font voyager. Mais il reste la réalité. Difficilement saisissable, partiellement compréhensible. Celle que nous oublions trop vite. Vivre heureux n’est-ce pas justement vivre simplement, dans l’éphémère du moment périssable ? Vivre heureux dépend-il du contexte ?

lundi 25 janvier 2010

Lune de miel et montagnes russes

Je ne suis pas encore partie que j’ai déjà l’impression d’être en lune de miel. Je m’explique.

J’ai suivi un atelier la semaine dernière sur l’efficacité culturelle. La section 6 portait sur l’adaptation en pays d’accueil schématisée par une courbe de hauts et de bas.


De vraies montagnes russes. Voilà ce que je m’apprête à vivre ces deux prochaines années : une série d’émotions allant de l’excitation à la remise en question. Une femme avertie en vaut deux. Un lectorat averti en vaut-il deux ?

Je partage ces informations pour que vous saisissiez avec justesse la nature de mes interventions ces prochaines semaines. Rassurez-vous, le cours précise que « l’intensité de ces émotions varie selon les individus, tout comme la durée de chaque étape ».

J’en suis donc à l’étape pré-départ. Je termine une formation de neuf jours sur différentes thématiques : égalité entre les sexes, gestion axée sur les résultats, approche partenariale et bien d’autres ateliers très intéressants. Je complète mes visites médicale et dentaire, mes formalités pré-départ (déménagement et entreposage), etc. Je suis donc encore là, ici, à Montréal. Et pourtant, comme je vous le disais, je me sens en lune de miel. Je ne sais pas si c’est l’impatience d’être là-bas, au Burkina, ou le simple fait d’être bien avec moi-même mais je suis sur un petit nuage teinté d’une certaine conscience. Je n’appréhende pas de devoir redescendre pour me « confronter » au choc culturel. Je vis le temps présent avec les impressions du moment.

Mais aujourd’hui, je ne suis pas à l’aise de publier ce billet. Je me sens "égoïste" de penser à mon petit bonheur dans un contexte que l’on connaît tous, celui de la tragique histoire d’Haïti.
Parler de lune de miel et de bien-être quand des millions de personnes souffrent de détresse et de désespoir d’avoir tout perdu sauf la foi peut-être.

Et puis je me dis que ça n’enlève rien à ma compassion et à ma solidarité avec un pays que j’ai rencontré il y a quelques années; un pays qui m’avait laissé l’impression de n’être que le bidonville d’un riche continent; un pays que j’avais mal jugé parce que j’étais en colère. Je revois ces rues déjà appauvries par la misère mais aux visages encore souriants. Je revois les marchandes de légumes et les tap-tap colorés. Qu’en est-il aujourd’hui ? Je ne sais pas. Je vois seulement des images de destins brisés.

Alors je prie. Je souffre avec. Je ne peux faire que ça.
J'ai envie de me souvenir de ces images.



samedi 16 janvier 2010

Je suis née avec la solitude

Aujourd’hui j’ai rencontré une Burkinabè, une femme de là-bas qui vit depuis 2001 au Canada. Cet échange interculturel faisait partie d’un programme de formation en vue du départ sur le terrain.

Du pratique au culturel en passant par le social, nous avons couvert bien des sujets de discussion. Le débat était intarissable. Évidemment, j’ai posé beaucoup de questions. Tout m’interpellait. Une chose a cependant éveillé ma sensibilité, une phrase.

Alors que nous parlions d’individualisme et de collectivisme, elle a dit ceci : « Vous là en Occident, vous naissez avec la solitude. » Et si c’était vrai ! Si nous étions condamnés à vivre isolé, en exil du partage, dès notre première minute de vie, pouvons-nous changer ?
Elle a complété par un dicton qui dit que "le bois a beau durer dans l’eau, il ne peut pas devenir un caïman". Il faut comprendre que le caïman est un animal sacré au Burkina et que même si l’on s’adapte très bien à un milieu, on ne pourra jamais devenir comme celui né dans ce milieu.

Cet échange me rappelle une discussion que nous avons eue maintes fois – ma sœur et moi – sans jamais parvenir à nous comprendre : sommes-nous seuls dans la vie ?
Selon moi, certainement. Même bien entouré, nous avançons sur un chemin qui nous conduira vers une fin solitaire. Nous sommes seuls face à nos choix, à nos attentes, à nos convictions, à nos désirs, à nos aspirations, etc. Cela ne nous empêche pas d’aimer ou de vivre, de partager et d’échanger.
Est-ce par peur - ou parce que nous sommes jumelles donc unies par un lien qui ne peut être celui de la solitude, que ma sœur refuse de comprendre ce point de vue ?
Au regard de ces interrogations, est-ce un mal, une imperfection que de se sentir seul ? La solitude n'est-elle pas le contraire de l'isolement ? N'est-ce pas une "attitude" qui nous permet d'explorer ce qui nous habite ? Est-ce inévitablement une marque d’égoïsme, pire d’insensibilité ? Peut-on apprivoiser la solitude ?
Autant de questions pour lesquelles je n’ai que de vagues idées.

Il y a bien d’autres choses qui m’ont interpellé dans cet échange d'aujourd'hui. Notamment un proverbe burkinabè qui dit que quand tu arrives dans un pays et que les gens marchent la tête en bas, marche la tête en bas. Adopte d'abord l’attitude que tu observes pour comprendre après. Ne cherche pas être différent des autres même si tu l’es.

J’ai compris qu’il fallait que je m’attende à vivre cela : des situations où les gestes et le non-verbal ont une grande place dans la société.

Sur ce, je vous dis "Zaabré" ... en future burkinabè que je ne serai jamais ~_~

(1) Zaabré veut dire bonsoir en mooré (langue parlée au Burkina Faso par l'ethnie Mossi).

jeudi 7 janvier 2010

Première fois

En général, je ne me souviens pas de mes rêves. Et si je m'en souviens, je ne les raconte pas, pour n’ennuyer personne. Mais cette nuit-là, celle qui a suivi la mise en ligne de mon premier billet, celle du 1er janvier 2010, je me suis réveillée avec la sensation angoissée qu’une tarentule galopait de mes pieds à ma tête. Alors qu’elle m’empoisonnait avec son venin, mes yeux se sont ouverts, affolés, ne sachant plus vraiment où j’étais. En Afrique je crois.

Ce rêve a fait suite à la question que je me posais : « Comment se sent-on à la veille d’une expérience qui vous transportera à mille lieux de votre quotidien et de vos habitudes, qui mettra à l’épreuve votre capacité d’adaptation et vous confrontera aux différences culturelles, promesses d’échange et de partage ? ». A l’image de ce rêve. Excitée, angoissée. Énervée, impatiente. Affolée aussi. Que me réserve l’Afrique ?

Inconscient, tu n’es pas là. Tu n'es plus là. Déjà là-bas. A errer en terre rouge. A fouiller dans mes souvenirs les quelques mots que j’avais gribouillés sur une feuille de papier, en février 2007 quand je suis allée en Afrique de l’ouest pour la première fois, pour la seule fois, quelques semaines seulement.

« Première fois, j’ai pas aimé. L’Afrique, le Bénin, la chaleur humide de Cotonou. Les "Yovos" de là-bas, les faux-riches et les vrais pauvres. Le choc des cultures et des civilisations. Impression de ne pas vivre dans le même monde, d’être loin de tout, perdue dans l’incompréhension de mes sens. Impatiente de découvrir, voir, sentir, toucher, goûter, vivre. Peur de mal faire, de blesser, de heurter avec des mots inappropriés. Malaise d’être ici. Sentiment honteux d’être "blanche". Impossible à dissimuler. Pourquoi ? Pourquoi me fais-tu cela, esprit ? Te poser des questions qui n’attendent pas de réponse. Tu crois connaître, tu ne sais rien. Tu manques d’humilité. Pourtant, après tous les voyages que tu as déjà accomplis. A quoi bon cacher qui tu es, une occidentale, avec l’étiquette qui vient avec.
Mais après. Après Cotonou, il y a eu Parakou, Ouagadougou, Niamey. Après la terre rouge du Burkina, il y a eu les touaregs du Niger. Je les envie. De vivre ainsi. Avec la simplicité d’être ce qu’ils sont, des nomades. Avec rien, avec tout. Avec le sourire. Et la joie de vivre. »


Inconscient, je te laisse explorer l’immatériel de mes pensées pour arriver au Burkina l’esprit apaisé. J’en ai fait du chemin depuis 2007. Dans ma tête et dans mon cœur. Une révolution que Matthieu Ricard pourrait appeler une "révolution intérieure". Une autre fois peut-être, on en parlera. Pour l’instant, je préfère rester sur le sujet qui m’inspire, l’Afrique. Pour cette deuxième fois, je veux te voir différemment. Prendre le temps de te connaître, le plaisir de te découvrir. Te décortiquer, te sentir, te humer, te savourer. En attendant, tu trottes dans ma tête. La nuit, en rêve.

Souvent, les plus beaux moments d’un voyage sont ceux qui les précédent, faits d’attentes et d’impatience, parfois déçus. Piège d’une imagination qui nous projette dans un monde irréel. Pour ce que je m’apprête à vivre, j’essaie de ne pas l'anticiper, de me placer en spectatrice de mes idées heureuses. Je les observe. J’entraîne mon mental à les accueillir. L'exercice n'est pas facile mais presque "jubilatoire" quand on saisit LE moment.

Je veux profiter, de chaque instant qui m’est donné, me contenter de la vie telle qu'elle est, aujourd’hui, maintenant. Je veux saisir chaque image pour ne pas les laisser aller, pour qu’elles voyagent avec moi. Et si mon esprit vogue dans des contrées lointaines, mes deux pieds sont à Montréal; cette ville que j'aime. Sans raison particulière. C’est peut-être justement pour cela que je m’y sens bien. Je marche dans les rues et je suis heureuse. Cela a pour effet que les gens me sourient, gentiment, presque amicalement. Je me disais qu’on devrait essayer ça de temps en temps, le bonheur éphémère. Pour adoucir la vie, et les visages.

Et si j’ai besoin de changement pour évoluer, besoin de mobilité pour saisir le monde qui m’entoure, cela ne signifie pas que je renonce à la stabilité. Bien au contraire. Toujours à la recherche de la constance et d’un certain équilibre.

Beaucoup de personnes peuvent vous aider à cheminer vers cela, la compréhension de soi, mais une seule est vraiment capable de comprendre qui vous êtes : vous-même.

vendredi 1 janvier 2010

Le commencement

Commencer l’année avec de bonnes résolutions, voila une idée assez banale finalement, et assurément partagée. Ma résolution 2010 sera "deux en une" : prendre un engagement et le tenir.

Depuis quelques mois, je profite du temps qui m’est donné pour inventer une vie heureuse et un avenir comblé.
En me promenant au Mont-Royal, un jour de neige, je me suis demandée : quand suis-je la plus heureuse ? Certainement dans de nouveaux projets. Devrait-on parler d’égoïsme ?! Assurément pas si ces derniers sont orientés vers les autres. D’altruisme alors ?!
De quelle audace oses-tu t’autoproclamer « altruiste », me susurre ma petite voix.
De cette prétention qui me fait vivre chaque minute en fidélité avec mon être profond, lui répond ma conscience éclairée. Cette appréciation qui me permet de me connaître, et de pouvoir m’ouvrir à l’Autre sans peur et sans retenue. A quoi bon essayer de comprendre autrui si j’ignore tout de moi, poursuit-elle.

Cet échange avec moi-même a permis à mon esprit culpabilisé de se libérer d'une étreinte sociale et lui a rappelé que le véritable altruiste, motivé par le bien-être de l'Autre, n'oubliera jamais de se respecter et d'apprendre qui il est avant de prétendre comprendre le monde qui l'entoure. Telle est la règle d'or de l'humilité.

Patience, lente métamorphose, épanouissement. Voilà des mots enchanteurs qui m'accompagneront dans l'expérience que je m'apprête à vivre; des mots qui précisément ont résonné dans ma tête quand j’ai pris la résolution de partir en coopération, au Burkina Faso, pour 2 ans. Je suis heureuse, et impatiente de vivre cette aventure. Je savoure le commencement d'une nouvelle décennie.

Mais, me direz-vous, comment se sent-on à la veille d’une expérience qui vous transportera à mille lieux de votre quotidien et de vos habitudes, qui mettra à l’épreuve votre capacité d’adaptation et vous confrontera aux différences culturelles, promesses d’échange et de partage ? J’ai bien sûr une idée sur la question mais j'attendrai avant d’y répondre. Je réalise seulement que je vais quitter une ville que je chéris (même par moins 20 degrés) pour vivre ailleurs, à Ouagadougou, heureuse.

Cette « plateforme » sera l’occasion pour moi de partager cette expérience unique, d’échanger des idées, pensées et vécues, inspirées de mes lectures et plus particulièrement de celles d’un homme : Matthieu Ricard qui, s’il m’était donné le choix d’un maître, serait Lui. Il m’inspire, me permet de m’abandonner dans des réflexions que je n'aurais jamais osé aborder seule; il éclaire un chemin sur lequel nous avons tous beaucoup de difficultés à nous engager, le détachement.

Bienvenue et Bonne et heureuse année 2010 !

Et si vous n’avez pas encore pris de résolutions, il est encore temps ! Engagez-vous pour une des nombreuses causes qu'il existe, malheureusement oserais-je ajouter.