mardi 28 février 2012

Retour au pays + 1 mois

Ah le Québec !! Je suis contente de le retrouver et de retrouver la vie qui va avec, de prendre du recul sur l'expérience que je viens de vivre pendant deux ans au Burkina Faso. Quoique enrichissante et formatrice, elle m'a donné le goût de faire autre chose, de penser autrement, de mesurer le poids de nos interventions (je dis "nos" pour parler de celles des "blancs"), d'apprendre à me détacher des ressentis. Au retour, ce sont d'autres questions qui arrivent; celles que l'on ne prévoit pas au départ, celles liées à l'expérience terrain et qui viennent avec des constats sur les systèmes instaurés ou sur les rapports biaisés entre les pays du nord et ceux du sud (en d'autres termes les pays riches et les pays pauvres) ou celles sur la pertinence de nos approches. La liste serait longue et je ne saurais lancer le débat sur les intentions des uns et des autres à s'engager pour LA bonne cause. Comme tant d'autres, je me pose seulement la question de l'efficacité de l'aide. Travaillons-nous tous dans le même sens ? Avec les mêmes objectifs, les mêmes résultats à atteindre, la même foi ? Oeuvrons-nous vraiment à l'autonomisation des populations bénéficiaires ? Malgré les interventions qui se multiplient et la pauvreté qui ne cesse d'augmenter. Malgré les écarts criants et les disparités qui se creusent. Malgré les inégalités qui naissent et qui perdurent. Oui c'est gênant ! Oui c'est préoccupant ! Oui c'est alarmant ! Le sort des uns et des autres en dépend d'une certaine façon. Que pouvons-nous faire ? Rester les bras croisés en portant la responsabilité sur les autres ? Agir vite et efficacement en composant avec les intentions de chacun au risque de mal faire tout en étant "tanné" des exigences des bailleurs de fonds et des ONG qui arrivent à se croire indispensables ; leurs dollars les rendant parfois arrogants. Tant de questionnements qui ne laissent pas indifférent. Mais je ne voudrais pas non plus tomber dans la morale du retour. Critiquer, dénoncer sans proposer ni agir, à quoi bon ! C'est trop facile. Inutile. Entre embellir la réalité ou la dénoncer crûment, les avis sont partagés et les idées fusent. Chaque argument est recevable. Chaque interprétation a sa raison d'être indépendamment de l'expérience de vie. Et ça n'est certainement pas à moi d'en juger. Pour rester positive, je dirai qu'il y a toujours du bon et du moins bon dans ce que l'on apporte quelque soit le contexte et le domaine d'intervention. L'idéal n'existe pas. Il est à atteindre nous dira-t-on. Il est vrai aussi que ce discours tombe un peu dans la désillusion mais on dirait que c'est inévitable quand on se heurte aux réalités terrain à moins d'être faussement naïf ou complètement illusionné, voué à la cause, en quête de quelque chose que je ne saurai définir et qui ressemble à un don de soi ou un altruisme démesuré.

Aujourd'hui, j'ai choisi de me réorienter, de poursuivre l'engagement, autrement, localement. Dans notre beau monde occidental (passez-moi l'ironie), les besoins aussi sont grands. Vous seriez surpris de constater les poches de pauvreté qui existent dans certains quartiers de Montréal et les disparités qui peuvent coexister. Envie donc de trouver de nouvelles motivations dans le travail et une nouvelle dynamique d'équipe, j'ai commencé un nouvel emploi comme coordonnatrice d'un projet pilote en petite enfance dans un quartier défavorisé de Montréal où les problématiques liées au développement global de l'enfant de 0 à 5 ans sont très présentes (en éveil à la lecture et à l'écriture, en développement cognitif et langagier, en maturité affective, en habiletés sociales, etc.). C'est un travail de concertation avec les acteurs locaux et de planification stratégique. Et bien sûr un soutien aux familles dans une perspective à plus ou moins long terme. De nouveaux apprentissages qui favoriseront ma compréhension des enjeux québécois et ma connaissance du milieu de vie dans lequel j'ai choisi d'immigrer il y a plus de 7 ans maintenant.

Pour sauter du coq à l'âne, on me demande souvent comment ça va, comment je me sens depuis mon retour et si ça n'est pas trop dur. Je voulais justement vous en parler, mon coeur a besoin de s'épancher. Je noie ma peine dans la belle gueule, la boréale, la maudite, la cheval blanc, et j'en passe ; des bières toutes aussi écoeurantes les unes que les autres (dissipons les incompréhensions qui ne sauraient perdurer chez nos amis Français : en québécois, dire qu'une bière est écoeurante ne signifie pas qu'elle est "dégeu", répugnante ou infecte mais plutôt qu'elle est débile, malade, capotante; en gros qu'elle est vraiment bonne). Je me console aussi en mangeant sushi avec mes amis, en suivant une thérapie-tisane avec ma coloc, en tombant sous le charme de ma nièce (une petite merveille). Je m'enroule dans les couvertures avec un bon livre et un chocolat chaud quand il fait -10 dehors et qu'ils annoncent une tempête de neige donc oui, ça va aller. Yel ka be (mon expression favorite en moore pour dire qu'il n'y a pas de problème). Sur cette note d'optimisme, je vous laisse avec une image du Québec, loin de la chaleur burkinabè.

Montréal en hiver