Quand je pense normalité, je pense conformisme. Je pense à un immense pigeonnier où chacun devrait fiter* dans une niche identifiée par les normes sociales : situation familiale, statut social, secteur professionnel, niveau scolaire, religion, orientation sexuelle, couleur de peau, citoyen ou immigré, citadin ou rural, croyant ou mécréant, de droite ou de gauche, etc.
L’étiquetage social donne l’impression aux individus d’évoluer dans une société organisée, structurée, planifiée, plus facilement justiciable. Il crée une zone de confort où chacun peut y trouver sa place et "caser" l’Autre. Il devient alors plus facile de trouver ses repères, de constituer des groupes pour s’y identifier.
Mais cet ordre n'est qu'un leurre qui crée un malaise et, d’une certaine façon, nous marginalise pour mieux nous exclure d’un système aseptisé. Il ne fait qu’accentuer notre sentiment de culpabilité d’être différent des autres. Il nous rend inclassable et nous laisse penser que le seul choix qu'il nous reste : nous dépêcher de nous aménager une niche confortable et douillette pour mieux nous y cloisonner.
Cependant, nous aurions tort de nous arrêter à ce choix. Si se fondre dans la masse revient à s’oublier et finalement, oublier l’Autre, pourquoi ne pas rester conscient de son individualité au risque de paraître égoïste ? Pourquoi ne pas s’affirmer en tant qu’être unique plutôt que de se laisser dissoudre dans un collectivisme incapable de répondre à nos valeurs ?
L’idée n’est bien sûr pas de flatter son ego pour acquérir de la confiance ou pour satisfaire un besoin de reconnaissance mais bien plus de prendre part au monde, de se réaliser dans un optique de partage et d’engagement tourné vers les autres, de s’aimer pour pouvoir aimer ceux qui nous entourent et ainsi contribuer à leur bien être, d’avoir l’humilité d’exister pour ce que nous sommes tous, des êtres humains et non des surhommes.
Si nous ne sommes pas capables de nous respecter, nous devenons incapables de respecter autrui et ainsi, nous échouons dans notre mission d’être attentif et bienveillant envers Lui; règle d’or de l’altruisme.
Nous ne devrions jamais oublier que la force qui nous habite réside dans notre Essence et non dans notre Égo.
Savoir s’oublier rend une personne belle. Et c’est cette Beauté qui invite à la contemplation.
* Anglicisme utilisé au Québec pour signifier "convenir".
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