samedi 19 juin 2010

Un samedi matin, dans un bus en route vers Bobo

Je regarde la campagne Burkinabè défiler sous mes yeux. Le paysage devient de plus en plus vert. Les manguiers sont magnifiques et s’imposent le long de la route. Les femmes et les hommes s’activent au champ. Ils travaillent à leur rythme. Les enfants se baignent dans les mares et jouent au ballon. Les vélos circulent d’un sens et de l’autre. De mon bus climatisé, je me demande comment ils font pour parcourir des kilomètres, sous cette chaleur, dans cette poussière, avec parfois de vieilles bécanes en mauvais état. A mes côtés, une dame habillée en pagne du 8 mars, journée de la femme. Chic. Maquillée. Coiffée. Parfumée.

Le sourire au coin des lèvres, je me dis que je suis bien ici, dans ce bus, en direction de Bobo Dioulasso. Je me sens heureuse. Je ne voudrais être nulle part ailleurs. Ce moment, il est à moi. Je choisis de le partager. Dans ce flottement de bien-être, une question me vient quand même à l’esprit : que restera-t-il de cette vie au Burkina quand je n’y serai plus ? Des souvenirs, des amitiés peut-être. Une expérience.

Sur fond de musique québécoise (dans mes oreilles « mp3risées »), je lis Afrique(s) de Raymond Depardon; un livre que j’ai reçu de ma meilleure amie et que je lis et relis. Il me touche. Il m’inspire. Il y a des gens comme ça qui vous marquent. Depardon en fait partie. Peut-être parce que dans ses photos et dans ses mots, je me retrouve. Comme lui, je ne me sens ni voyageuse, ni aventurière, discrète dans ma découverte. J’habite le moment. Comme lui j’ai grandi sur une ferme. Comme lui je sentais la bonne odeur de la nature, libérée du temps et des responsabilités. Je devenais bergère ou ornithologue. Je cachais mes petits trésors dans les greniers à foin. J’aidais mon Papa le temps des moissons. Perchée en haut de mon arbre, je rêvais à l'avenir. C’est dans ce bonheur que j’ai grandi, que mes voyages se sont réalisés. Quand je retourne là-bas, en France, dans la ferme familiale, bien sûr les illusions ont disparu mais l’émotion est intacte. Je plonge dans un autre temps. Une bouffée de souvenirs. Un sentiment de confort. Un cocon douillet dans lequel je me retrouve au plus profond de mon être. Je suis chez moi. Le temps a passé. Un écart s’est creusé. Ce « vide », je le remplis de petits bonheurs et de peines vécus.

« Vous êtes invitée ! » Mon nouveau voisin m’arrache à mes pensées en me proposant de partager son poulet bicyclette. Je refuse poliment. Ici au Burkina, il est d’usage de proposer aux personnes de partager son repas. Il est aussi d’usage de refuser poliment.

Dans quelques semaines, je retrouverai ma Normandie, et cette cour de ferme qui m’a vu grandir et qui est peut-être la seule à traverser les années sans vieillir.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire