vendredi 24 septembre 2010

Histoire de jumeaux

Vendredi matin, 8h, en route vers le boulot, j’aperçois deux jeunes garçons habillés pareil. Ma réaction n’est pas longue. Demi-tour, je fonce en direction des jumeaux. Je demande à la maman qui les accompagnait si je pouvais prendre une photo en tentant de lui expliquer - dans les trois mots de moore que je maitrise - que moi aussi je suis jumelle.
Elle ne comprend pas – ou ne veut pas comprendre. Elle reste sur sa demande : de l’argent pour une photo. Avec le sourire, je lui dis que non, que ce n’est pas ce que je souhaitais. La maman insiste et m’amène voir la "vieille" du coin pour essayer de me convaincre.
De bonne humeur ce matin, et disposant de mon temps, je la suis. Je sers la main de la vieille femme penchée sur ses marmites. On échange. Elle tente de m’expliquer que vendredi, jour de la prière, la maman fait le tour du quartier avec ses jumeaux pour collecter de l'argent. A mon tour de ne pas vraiment comprendre. Pourtant, je suis presque prête à donner la modique mais symbolique somme de 100 Fcfa pour la photo. Elle refuse me disant que ça n’est pas assez. Je m’en doutais et mets fin gentiment à la conversation avec le sourire et une poignée de main. Je demande la route et file au bureau.

En racontant cette histoire à une collègue burkinabè, elle m’explique ce que je n’avais pas compris. Dans certaines ethnies, pour qu’il n’arrive aucun malheur au couple gémellaire, il est de tradition que la maman, après la naissance des enfants, aille sur le marché les "exposer" pour quelques pièces de monnaie (jamais une somme impaire); cela pour les protéger du mauvais sort.
Elle m’explique aussi que dans d’autres ethnies, les jumeaux/jumelles sont considérés comme un signe de mauvais augure, une "anomalie" de la nature et que c'est pour cette raison qu’on les tue à la naissance. A sa connaissance, cette coutume se pratique encore dans certains villages du Plateau mossi mais de plus en plus rarement. Avec les religions, chrétienne et musulmane, les mentalités tendent à changer et les gens voient les choses autrement ce qui n’est pas sans creuser les écarts entre les générations ; les plus vieux restant dans la tradition.

Il m’aura fallu passer presque 7 mois au Burkina pour découvrir cette histoire de gémellité ; un sujet qui m’interpelle partout où je vais. Je comprends aussi qu’aujourd’hui, et peut-être plus en ville qu’en brousse, les gens en ont fait leur "gagne-pain". Ce qui devait être une coutume s’est transformée petit à petit en un prétexte pour mendier.

Je ne suis pas mécontente de n’avoir rien donné ce matin pour la photo. Non pas pour les quelques francs CFA que j'aurais déboursés mais plutôt par "principe". Si je donne de l’argent pour prendre une photo de ces jeunes garçons, c’est les inciter à la mendicité et la prochaine fois qu’ils verront un ou une Nassara* avec un appareil photo, ils se précipiteront pour lui soutirer quelques sous contre une image et ça, je ne veux pas le cautionner, encore moins l’initier.

Voila pour la petite histoire d’un vendredi matin en direct de Ouagadougou ;-)

* Nassara : la blanche ou le blanc en moore (une des langues nationales)

A défaut de n’avoir pu prendre en photo les jeunes garçons de ce matin, voici celle de jumelles de Koudougou sûrement pas identiques mais habillées pareil. Photo prise lors d’un mariage traditionnel le 3 avril dernier

1 commentaire:

  1. Hello Caro,
    Au dela de l'histoire de la mendicite qui devient un mode de vie il y egalement cet aveuglement de l'ignorance et de la peur de la difference qui fait peur et froid dans le dos. Une approche de gemellite qui interpelle et qui doit resonner encore plus pour toi.
    Bises de Paris sous la pluie Lio

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