Je suis rentrée jeudi au Burkina après 4 jours supers au Maroc et 15 jours reposants en France. Dans le train du retour Deauville-Paris, je regardais la campagne normande défiler. Les prairies étaient vertes. C’était beau. Et puis bizarrement, sans prévenir, une petite larme sur ma joue. Émotion rare. Combien de fois l’ai-je quitté cette belle région qui m’a vue grandir. Combien de fois l’ai-je retrouvée, intacte. Toujours avec la même peur de la perdre. A chaque fois, j’y laisse quelques souvenirs de famille, quelques images de l’enfance. Maintenant, je n’ai plus peur de grandir, mais plutôt de vieillir. C’est bête à seulement 31 ans mais c’est ainsi.
Direction Orly Sud. Pour certains, Paris est un voyage, une destination. Pour d’autres, elle est une étape, une transition avant un long voyage. A la capitale, les gens ont l’air triste, même après la période des fêtes. Tous ou presque portent des habits sombres. Tous ou presque sont pressés. Moi je suis contente de rentrer au Burkina, de retrouver la chaleur et la bonne humeur des gens. Une chose est sûre, j’aurai mis de la couleur dans mes valises, et des sourires dans ma vie au cours de ces deux années.
Prochaine étape : le retour à Montréal. Dans quelques semaines l’heure du bilan approchera. Déjà : une expérience évidemment riche en découvertes, en émotions, en rencontres, culturellement dépaysante. Beaucoup de frustrations difficiles à contenir. En grande partie liées à l’interculturel et à ses inévitables incompréhensions. Quelques déceptions de devoir, de pouvoir ou de vouloir faire plus. Il y a des choses qui me manqueront, et d’autres pas, comme la lenteur. Si au Vietnam j’ai cultivé la patience, ici j’ai appris l’impatience de devoir attendre après tout et rien. Imprimer une photo devient une véritable épreuve de patience entre les coupures d’électricité et les salamalecs à n’en plus finir (c’est là que je me dis qu’il est temps de rentrer). Fatiguée aussi de devoir "m’ajuster" aux façons de dire et de faire pour ne pas blesser ou froisser la susceptibilité des Burkinabè sans qu’en retour ils essaient de me comprendre. Ils me diront que je suis chez eux. Cela n’empêche pas qu’ils fassent un effort aussi. N’est-ce pas ça l’interculturel et l’échange ? Enfin ! Lasse aussi des sollicitations sans fin et de ces blancs ou noirs qui se croient riches et qui se donnent le droit d'être méprisants, condescendants, suffisants, arrogants, irrespectueux envers les plus démunis; ceux là même qui se disent sauver l’Afrique et qui trouvent que tout est trop cher et que rien n’est assez bien. Non vraiment, je dois renter pour les oublier, pour ne garder que le meilleur de cette expérience. Je rentrerai certainement un peu désillusionnée mais toujours volontaire, décidée à y croire et à agir.
En transit à Casablanca, je pensais avec une pointe de nostalgie que c’était mon dernier vol vers Ouagadougou. Fini les « Nassara, le clignotant » pas plus tard que cet après-midi. Retour au prénom qui me qualifie. Fini les nids de poules en moto mais aussi les dimanches après-midi à la piscine. Fini la liberté de divaguer dans les rues de Ouagadougou jusqu’à tard dans la nuit. Fini la douceur des soirées et les virées en moto. Après le Burkina c’est décidé, je pose mes valises. Je fais une pause. Sinon je vais finir par être blasée du voyage, sans jamais me sentir chez moi quelque part. Et ce quelque part, je crois que je l'ai trouvé à Montréal. Il va falloir me trouver de nouveaux projets. Ça ne devrait pas être difficile. J’ai encore quelques rêves à réaliser. Pour l’instant, je suis au Burkina et je vais en profiter.
Prochain billet : les joueurs de pétanque à Ouagadougou
Quelques photos du Maroc (Rabat et Fès)

Et de la Normandie



Bonjour Caroline,
RépondreSupprimerJ'ai plaisir à lire votre blog et regarder les photos de votre quotidien, qui fut aussi le mien pendant deux ans, jusqu'au 23 novembre dernier.
Bonne fin de séjour !
Gino (pseudo)