La poussière me piquait les yeux. Mon casque sans visière m'obligeait à plisser les paupières pour suivre le type et sa vieille bécane.
Il ne conduisait plus que d’une main, l’autre occupée à fouiller dans la poche de son veston trop grand. Il en retira un téléphone cellulaire. Sans même s’arrêter, il entama la conversation, l’appareil collé sur son oreille gauche, la main droite agrippée à l’accélérateur. Il parlait en moore. Je reconnus le « Ne Y zaabre » qui saluait la soirée. Après quelques minutes de conversation, il raccrocha. Sans même se soucier de la circulation, il passa au rouge. Je le suivais. Cela me donnait le prétexte d’une ballade nocturne dans les rues de Ouaga par un vent frais.
Nous roulions en direction de nulle part. Je reconnaissais les lieux ce qui me donna assez de confiance pour continuer la route. Au rond point des Nations unies, nous tournions à droite. Puis au quatrième feu, à la pâtisserie Depoya, à gauche. Je soupçonnais le lieu de rendez-vous. Mes impressions se confirmèrent quand il s’arrêta devant la Matata, un maquis dansant. Il laissa sa mobylette au gardien, poussa la porte de l’établissement et disparut dans l’embrasure. Le filet de lumière tamisée laissait présager une soirée bien arrosée. Ma course avec lui s’arrêtait là. Je rentrais à la maison.
Soirée d’un vendredi à vagabonder dans rues de Ouagadougou, libre de choisir la route, de prendre un chemin différent au retour, de partager ce moment de vie, de ne jamais être vraiment seule.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire