mardi 31 août 2010

Retour de vacances

Je respire l’odeur de la mer laissée sur les galets d’Étretat, ramassés la semaine dernière, aujourd’hui posés sur la table de mon salon ouagalais. Avec un brin de nostalgie il faut bien l’avouer.

L’été 2010 s’achève là, sur le seuil de la porte de la maison en Normandie, par un gros baiser à chacun de mes neveu et nièces et par un "à très bientôt" à ma chère maman. Il faut bien repartir. Direction l’aéroport de Paris. Enregistrement des bagages. Embarquement immédiat. Au revoir Papa. Bye bye la France. Salut le Maroc. Bonjour Ouaga.

Dans l’avion, je réalise que la vie passe ainsi, par étape qui s’achève. Impossible de retenir le temps; seulement les bons moments. A quoi bon s’encombrer du reste. Je retourne au Burkina, un peu à tâtons, un peu à reculons. Dans une vie que j’ai choisie et que je sais unique. Je retrouve les idées qui m’ont fait venir jusqu’ici. Les convictions qui m’animent. Ce n’est pas pour me raconter que j’écris mais bien pour me détacher de mon personnage. Je relis les mots de mes premiers billets, les craintes et les illusions, l’expérience déjà vécue. Bien sûr, mon regard a changé. Impossible à raconter encore. Il me faudra quelques années et beaucoup de recul pour exprimer plus justement ce que je ressens. Je reste dans l’émotion du moment présent, tiraillée par des questions stupides qui n’attendent aucune réponse puisque elles viendront d’elles-mêmes, avec le temps. Je dois faire confiance au monde qui m’entoure, aux gens que je rencontre, aux hasards de la vie, aux choix que je fais, à moi-même.

Malgré ces sages pensées, un drôle de sentiment m’habite depuis mon retour, celui d’avoir vécu un temps entre parenthèses où la réalité n’était pas la même. Le monde différent. Le temps aussi.
Je suis rentrée il y a à peine une semaine et cela me semble déjà une éternité. Comme si je n’y étais jamais allée, sur cette plage que j’aime tant. Comme si je n’avais jamais quitté ces lieux que je reconnais sans vraiment les regarder, ces gens que j’écoute sans vraiment les comprendre. Je redeviens la blanche à moto, à nouveau étrangère dans un environnement que je ne maîtrise pas. J’essaie de me convaincre que ça viendra avec le temps. Même si je sais que non. Mon inconscient me donne à écouter le silence de la campagne normande. Il me fait sentir l’odeur de l’herbe fraichement coupée ou celle du blé que l’on vient de battre. Il dépose sur mes papilles le goût sucré des pommes. Je touche la terre humide qui m’a vue grandir, je regarde les parapluies s’ouvrir dans le crachin honfleurais. Ce ne sont pourtant que des images de ma mémoire. Ici, je n’ai pas de souvenirs, ou très peu. Cette idée m’isole. Elle me rend solitaire. Cette solitude qui pourtant ne m’ennuie pas, ou rarement. Où que je sois, je l'apprivoise. Elle me plait même parfois. Elle m’habite sans question. Au Burkina, c’est différent. Elle devient pesante, synonyme d'éloignement, presque d’abandon. Elle a quelque chose de triste. Ici, tout ou presque se partage, même le besoin de se retrouver seule. Ah maudit exil !

Un moment des vacances qui me revient. Une discussion avec le vendeur de fruits et légumes sur le marché d’Honfleur. Me voyant avec mon appareil photo en bandoulière, il me demande :
- Alors, c'est la journée photo ?
Je lui réponds que non, que ce serait plutôt une journée souvenir.
- Ah bon ?! Parce que vous habitez loin ?
Sans vouloir entamer la discussion je lui réponds que oui, à quelques milliers de kilomètres, mais que je suis une fille de la région. Il comprend à mon air peu bavard que la conversation s’arrêtera là. Pour finir, il ajoute :
- Comme quoi, on revient toujours à ses origines.

Ah, si vous saviez mon p’tit monsieur combien ces melons de Cavaillon, ces tomates cœur de bœuf ou ces chèvres frais me transportent ailleurs; toutes ces bonnes odeurs que vous respirez à longueur de journée deviennent pour moi un instant de bonheur. Vécu. Retour à une autre vie.

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