dimanche 12 septembre 2010

Au creux de sa main un trésor

On nous parle d’amour altruiste, de compassion, de paix intérieure. On nous donne à lire le Plaidoyer pour le bonheur ou L’art de la méditation. J’essaie de comprendre ce qui motive l’auteur à nous initier à un modèle de vie heureuse, à nous convaincre de la profonde bonté humaine marquée de valeurs justes et nobles quand le monde nous donne à voir les sentiments les plus vils.

Je doute. Non pas des bonnes intentions de Matthieu Ricard, ni même de la capacité de l’Homme à aimer, mais de celle à revenir à un modèle de vie simple, détachée du matériel, du superficiel, de l’accessoire. N’est-ce pas trop "loin" de nos réalités, nous qui avons appris à vivre dans la modernité, à devenir égoïste pour "survivre". D’ailleurs, l’égoïsme n’est-il pas bon quand il nous fait prendre conscience de notre individualité, qu’il contribue à la connaissance de soi, qu'il nous aide à mieux comprendre l’Autre ? Celui qui est "mauvais", n'est-ce pas l’individualisme ? Celui qui occulte les intérêts d’autrui pour faire passer les siens avant tout. Cet égoïsme là, destructeur des relations humaines, n'est-il pas nuisible ?

M. Ricard, dans son dernier billet, lance une question, somme toute essentielle, mais qui appelle à la désillusion : comment cultiver l’amour altruiste ?
Cela suppose que l’on ait été initié, éduqué, conscientisé au respect de l’Autre; que l’on ait les capacités et les outils pour défricher, semer, arroser, récolter. On peut bien assister à des conférences sur le bonheur, lire des livres sur la sérénité mais si nous ne sommes pas capables de les interpréter pour mettre en œuvre ces bonnes intentions, à quoi bon !

Tant que l’altruisme restera la propriété / priorité de ceux et celles qui ont encore le temps de penser, je me demande dans quelle mesure nous parviendrons à mobiliser le monde sur l’urgence de l'Autre, nous qui vivons dans l'impatience de vouloir tout, tout de suite, maintenant, dans l’instant, sans effort.
Nous voulons des solutions rapides à nos inconforts et à nos malaises. Nous voulons maîtriser nos peurs, nos angoisses, nos joies, nos bonheurs, nos émotions, nos vies sans prendre le temps de les construire. Sans y penser. Nous devenons boulimique de l’éphémère, gourmand de l'exigence, lasse de la stabilité, impatient du changement, avide du résultat.

Comment s’affranchir de la jalousie et de l’orgueil ? Comment se détacher de la culpabilité, du paraître et de l’amour propre ? Comment devenir maître de nos pensées et non esclave, libre de nos choix et non asservi ? Comment être juge plutôt qu’avocat ? Comment acquérir cette sérénité vantée par les bouquins des librairies, véritables gagne-pains des maisons d'édition ? En la convoitant quelles heures par semaine lors des pratiques de yoga ? Comment atteindre la constance dans le tourbillon du quotidien ? En se retirant dans un monastère, loin du tumulte, pour méditer ? Est-ce encore réaliste ? Ne nous donne-t-on pas à croire en des illusions perdues ? Cet altruisme, présenté par les sages, est-il réellement accessible à tous et toutes dans des contextes que l’on sait différents et marqués d’inégalités ?

Qu’en t-il des petits bonheurs, de ces instants de joie que l'on a trop souvent tendance à banaliser pour nous concentrer sur le Bonheur ultime, celui avec un grand B qui, de toute façon, n’est qu’une quête, l’œuvre d’une vie, que l’on appréciera au bout du chemin. Il sera ce paysage que l’on découvrira et dont on restera émerveillé ou déçu selon les attentes que l’on aura nourries et le sens que l’on aura donné à notre marche.

Je me pose ces questions pour ne pas oublier. Je doute. C’est normal. Cela fait partie de l’apprentissage. Malgré tout, je reste convaincue du bien-être de l’Autre et de l’amour altruiste, celui dont Matthieu Ricard fait l'éloge.

C’est un proverbe tibétain qui dit que celui qui éprouve un tel contentement (de se sentir libéré des "fantaisies du moi") tient au creux de sa main un trésor. Je veux le sentir, ce contentement. Je veux le tenir, ce trésor. Un jour. Au creux de ma main. Pour le transmettre. Pour le partager.

Proverbe extrait du blog de Matthieu Ricard, http://www.matthieuricard.org/index.php/blog/89_inner_freedom_1/

2 commentaires:

  1. Sophophile théiste indépendant19 septembre 2010 à 11:53

    Le hic avec Matthieu Ricard, c'est qu'il ne reconnait pas la pré-Existence de la Source Eternelle Bienveillante Ineffable de tout

    Dommage, mais si son évolution spirituelle devait passer par là , bonne route.

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  2. Vous vous posez des questions bien profondes.
    le véritable Bonheur vous le trouverez dans la lecture des Béatitudes.Bon courage...
    l'Homme ne peut pas se passer de Dieu, c'est l'orgueil et l'égoisme qui fait qu'il perpétuellement insatisfait.

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