dimanche 9 janvier 2011

Une parenthèse paisible

Au moment où ils approchaient des portes d’embarquement pour le vol AT 751 à destination de Casablanca, je compris que j’avais vécu, pendant ces deux semaines, une parenthèse paisible.

Une agréable façon de résumer les vacances en France qui viennent de s'achever. J’ai repris les mots de Michel Houellebecq dans son dernier livre La carte et le territoire en les adaptant à ma réalité. Qu'on ne m'accuse pas de plagiat !

Me voila donc de retour à Ouagadougou après un long voyage. Foutue RAM (Royal Air Maroc). Après 2 heures de retard à Paris, une course effrénée à l’aéroport de Casa et une bonne heure aux douanes Burkinabè, je suis arrivée à bon port. Il me faut retrouver la vie solitaire et le travail. Me remettre dans le bain prendra deux ou trois jours je le sais. Accepter la période de transition sans penser aux repas familiaux, aux lectures au coin du feu, aux longues promenades sur la plage, à mes parents et à leurs discussions. Mais je finis par l'oublier quand je retrouve la chaleur burkinabè, la marchande de légumes et ses bons vœux, les collègues et les amis, le travail et les dizaines de courriels, les voisins et voisines curieux du périple normand, la moto qui roule du tonnerre, les chemins de terre que l’on appelle "six mètres", et tout le reste.

Hier, j’ai passé l’après-midi à jardiner. Ca fait du bien. Je vous raconte. Je suis d’abord allée chercher de la terre chez le jardinier du coin pour replanter les graines de coriandre ramenées de la coopérative agricole de Pont-l’Evêque. J'en ai profité pour acheter un plant de basilic rouge qui sent très bon, un de menthe poivrée et un cactus parait-il mangeur d'ondes cellulaires, hertziennes, radioélectriques, électromagnétiques, bref maléfiques. Tout ça pour la modique somme de 700 francs CFA (soit environ 1€ ou 1,35 $CAD). Je suis ensuite allée au marché Zogona acheter des pots en terre à une charmante dame qui parlait moitié moore, moitié français. La discussion m’a tenu occupée une trentaine de minutes pour choisir la bonne forme, la bonne grandeur, la bonne profondeur, la bonne couleur et enfin le bon prix de ces 4 pots en terre. A côté de nous, une poignée de gars plumaient des poulets dans l’eau bouillante. Ils ne semblaient pas déranger par le paquet de mouches qui gravitaient autour d’eux. Ils s’exclamaient haut et fort et riaient pour des choses que je ne comprenais pas.

En quittant le marché et après avoir fait regonfler les pneus de ma moto, un gars – que je ne connaissais pas – m’a tout naturellement demandé de l’accompagner prendre un verre. Je lui ai tout naturellement répondu que mon mari m’attendait à la maison. Cela ne l’a pas empêché d’insister après un rapide coup d’œil vers mon annulaire gauche. Un jeu auquel on se prend malgré soi. J’ai souri et je suis rentrée à la maison jardiner.

Le soir, avant de retrouver quelques amis au centre culturel français, je me suis arrêtée chez ma voisine et propriétaire lui présenter mes vœux de bonne année. Elle cuisinait une soupe d’escargots qu’elle m’invita à goûter. J’ai poliment refusé. Elle a pris un air découragé pour me souhaiter une bonne année 2011 et surtout un mari. Elle commence à ne pas trouver « normal » cette situation de célibat à 30 ans. Je lui ai dit que j’y travaillerai, encore une fois un sourire discret au coin des lèvres.

J’ai donc rejoint les amis au CCF pour aller voir un film burkinabè auquel j’ai bien manqué de m’endormir. C’est peu dire. Une histoire de cowboys burkinabè à la conquête de l’or sahélien. Zéro intrigue. Plate à mourir. Un scénario dénué de tout intérêt et mal interprété. Des scènes de sensibilisation au VIH/sida qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Un mauvais doublage. Des scènes kitsch aux bruitages exagérés et à la violence gratuite. Des messages publicitaires à outrance (pour financer le film). Exemple : un poster des cubes de bouillon de poulet accroché dans la chambre de la fille. Vraiment ! D’un romantisme pathétique. Je vous laisse imaginer. Heureusement, la soirée s’est terminée en bonne compagnie, autour d’une bière.

J’allais oublier. Une bonne et heureuse année 2011 à tous et toutes qui me suivaient depuis un an. Un an déjà que ce blog existe, et un mandat qui avance.

Caro, les pieds dans l’eau avec un galet de bain effervescent parfumé pour pieds et chevilles fatigués (cadeau de noël d’une bonne amie ;-)

1 commentaire:

  1. les propos de ta propriétaire m'ont bien amusée : ils me rappellent une certaine conversation lors d'un déjeuner de 1er janvier.....


    Chantal

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