mercredi 30 mars 2011

Couvre-feu entre 21h et 6h

Ouagadougou, 30 mars 2011
4h30 du matin, SMS du Consulat de France informant de tirs isolés en ville. En début de soirée, annonce d'un couvre-feu instauré par le gouvernement entre 21h et 6h sur l’ensemble territoire. 23h, messages de collègues et amies disant entendre des tirs dans leur quartier. Pas rassurant. Chez moi, aucun bruit.

Mais que se passe-t-il ? Pourquoi ce soudain vent de révolte après des éléctions présidentielles pourtant bien calmes, peut-être trop calmes ? Est-ce l’influence des mouvements en Tunisie, Égypte, Libye, Syrie ? Ou la tension ivoirienne qui déteint sur le pays ? Est-ce tout simplement l’expression d’un ras-le bol général d’un régime corrompu, despotique, depuis trop longtemps en place ? En tout cas, cela fait quelques semaines que les manifestations se multiplient à travers le pays. Cela a commencé en février dernier suite à la mort suspecte d’un jeune scolaire décédé dans un commissariat de la ville de Koudougou (faits rapportés). Les jeunes sont descendus dans les rues et ont manifesté contre l’impunité; non sans dégâts humains et matériels. Ils s’en sont pris aux biens publics et privés, ont cassé et brûlé de nombreux bâtiments dans les centres villes. Il y aurait eu 6 morts au cours des affrontements entre les jeunes et la police. Pas de chiffres officiels. Il est à noter la regrettable réaction des autorités et le niveau de violence policière. Comme l’événement a eu lieu lors du renommé FESPACO (festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou), le gouvernement a préféré suspendre les cours et fermer écoles et universités pour apaiser les tensions. [Pour plus d’infos : http://www.lefaso.net/spip.php?rubrique309]

Aujourd’hui, c’est au tour des militaires de mener un coup de force. A Ouagadougou, ils ont tiré en l’air dans la nuit du 22 au 23 mars et ont pillé des magasins pour protester contre la condamnation à des peines de prison ferme de 5 soldats dans une affaire de moeurs. Quelques jours plus tard, le mouvement a atteint la région de l’Est. Les militaires ont fait libérer un soldat inculpé pour viol sur mineure [http://www.rfi.fr/afrique/20110328-burkina-faso-coup-force-militaires-liberer-leurs-prison]. Résultat : le système judicaire est en grève appelant les autorités à prendre des mesures pour protéger leur travail et les décisions prises. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les tirs reprennent, la panique se fait ressentir, les citoyens burkinabè sont sur le qui-vive. La peur que les choses dérapent fait sortir Blaise Compaoré de son palais présidentiel. Il intervient aujourd’hui 30 mars à la télévision dans un message à la nation appelant au calme et à la cohésion sociale [http://www.lefaso.net/spip.php?article41365&rubrique2].

A l'heure qu'il est, c'est un couvre-feu qui nous tient à la maison, avec la forte recommandation des ambassades d’y rester.

Une chose est sûre, ce sont des menaces à prendre au sérieux par le régime de Compaoré. Les Burkinabè comprennent qu’en se mobilisant et en revendiquant leur mécontentement, il est possible d’obtenir gain de cause. Certains lancent déjà la rumeur d’un coup d’État. Attention quand même de ne pas confondre démocratie et anarchie. Tensions en vue. Affaire à suivre.

Dans les rues de Ouagadougou, vendredi 11 mars 2011, suite à la manifestation des jeunes contre l'impunité


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