Le climat reste tendu à Ouagadougou. Les militaires ont repris les armes pour manifester leur mécontentement et réclamer une prime promise par le Président Compaoré il y a quelques semaines.
Ca s'est passé dans la nuit de jeudi à vendredi dernier (14-15 avril). Des soldats de la garde présidentielle sont sortis dans les rues, ont tiré en l'air et ont incendié des bâtiments. On rapporte des cas de viols et d'effractions par certains d'entre eux ivres. Face à cette mutinerie, le président a fui Ouaga pour se réfugier dans son fief natal. Le vendredi même, il donnait satisfaction aux soldats mutins et annonçait la dissolution du gouvernement.
Si les troubles semblaient s'être calmés en matinée, ils ont repris de plus bel en après-midi. Des militaires sont sortis de leur caserne et ont continué à « terroriser » la population en s’emparant de véhicules de particuliers et en pillant les magasins. Le lendemain (samedi 16), les commerçants qui ont vu leurs boutiques saccagées et dévalisées s'en sont pris à leur tour aux bâtiments officiels. Aujourd'hui, le mouvement de révolte semble gagner les régions. A se demander combien de temps cela va durer et surtout, jusqu'où cela peut aller ?! Les Burkinabè eux-mêmes ne comprennent plus le sens des revendications des uns et des autres. Cela ressemble à un ras-le-bol général marqué d'injustices, un vent de révolte contre la vie chère, le manque d'impunité, le régime en place. Et si la situation n'a rien de comparable avec celle de la Libye, de la Tunisie, de l'Égypte ou de la Côte d'Ivoire, elle reste porteuse d'espoir pour les Burkinabè. Si le changement est possible ailleurs, pourquoi pas au Burkina ?
Oxfam a fermé ses bureaux vendredi 15. Aujourd'hui lundi 18 - après un week-end passé chez une amie à cuisiner, papoter, bouquiner, regarder des DVD, etc. (il y a pire comme situation) - nous voila de retour au travail avec des horaires aménagés de 7h30 à 15h pour nous permettre de rentrer chez nous avant le couvre-feu (le deuxième en moins d'un mois) instauré de 19h à 6h et ce jusqu’à nouvel ordre. Tant pis pour les sorties nocturnes, on appréciera d'autant plus notre "liberté" de mouvement une fois les événements passés.
Avant 19h, nous en profitons donc pour faire le plein d'essence et de vivres. Il fallait voir aujourd'hui les files de motos et d'autos aux pompes à essence. Après plusieurs jours de fermeture, c'était la cohue générale. Les impatients n'avaient qu'à bien se tenir. Ce week-end, il parait que le litre atteignait les 1500 FCFA dans les rues (ce qui équivaut environ à 3$ CAD). Visiblement, il n’existe pas d’événements malheureux pour tirer profit de la situation. Et si les denrées alimentaires ne manquent pas, certains produits se font plus rares comme le pain.
On se dit que la situation est provisoire. On espère qu'elle ne dégénère pas, que le calme revienne vite et que les revendications - aussi justes et honnêtes soient-elles - aboutissent mais ça, c'est une autre histoire. Pour rester optimiste, un vieil adage vietnamien dirait qu’il n’y a pas de problème, il n'y a que des solutions. Mieux vaut y croire !
Pour plus d’information, un article paru dans Le Monde le 16 avril : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/04/16/le-burkina-faso-en-proie-a-des-pillages-et-des-violences_1508765_3212.html
Et le détail des faits sur RFI : http://www.rfi.fr/afrique/5min/20110415-suivez-situation-burkina-faso-minute-minute
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