Nombreux sont les Peuls venus acheter du bétail à bons prix. Habillés en tenue longue et coiffés d’un turban, ils sont reconnaissables à leur silhouette allongée et à leurs traits fins.


Les hommes ne semblent pas faciles en affaires. Les lèvres pincées, le sourire absent, ils discutent les prix. Les animaux se négocient en fonction de leur taille, de leur poids, de leur âge et de leur santé. En cette période de soudure (1), les animaux sont bien chétifs. Aux dires des éleveurs, un bon bœuf peut se vendre jusqu’à 300 000 francs CFA négociable (2).

Les femmes, elles, se distinguent à leurs tissus colorés et aux nombreux bijoux qu'elles portent (surtout les boucles d’oreille). Leurs visages me font penser aux jeunes filles du Sahel rencontrées quelques mois plus tôt, dans le nord du pays.
Le lieu, gracieuseté de la coopération suisse, s’anime avec l’arrivée et le départ des camions de bétail. On grimpe les zébus sur le toit des bétaillères et les chèvres au dessus des minibus. Toutes destinations.


Faux pas
Nous étions sur le point de quitter le marché quand un agent de police nous prie de bien vouloir le suivre; nous étant un groupe de 6 Nassara (blancs en moore), 1 Camerounais et 1 Burkinabè albinos (inutile de préciser que l'inaperçu ne faisait pas partie du moment).
Nous osons demander à l'agent « Pourquoi ? Que se passe-t-il ? ». Il nous répond de le suivre seulement, que le chef du marché demande à nous voir. On sait que ça n’est pas pour nous offrir le thé mais plutôt pour nous soutirer quelques francs CFA pour les photos « volées ».
Cette invitation ressemble à un ordre et n’appelle pas de réponse de notre part. Pourtant, nous entamons la discussion, inutilement. Après quelques minutes, nous capitulons au risque d’envenimer la situation. Nous nous présentons au chef qui, tout discutant avec les marchands, nous demande effectivement de quel droit nous avons pris des photos et avec quelle autorisation. Il ajoute que la moindre des choses aurait été de venir se présenter à lui à notre arrivée. Bref, nous avons enfreint les règles de la « chefferie » et de surcroit celles de la bonne conduite. Un outrage dans le pays ! Même si nous le savions, cela ne nous a pas empêché - une fois de plus – de déroger aux us et coutumes burkinabè.
Toujours difficile pour un esprit occidental de se soumettre aux règles du non-dit, à l'autorité (pour ne pas dire à l'abus de pouvoir); de s'en tenir aux limites de ce qui est permis de dire ou de faire; de laisser notre fierté de côté; de ne pas se laisser gagner par le sentiment d'injustice. Difficile de contenir cet esprit rebelle conditionné par nos façons de faire, de dire, d'agir, de penser. Bien sûr, un peu de retenue nous aurait évité le faux pas interculturel.
Tout s’est finalement bien terminé aux termes d’une discussion en langue locale entre le chef du marché et notre ami burkinabè. Quelques minutes ont suffi pour rétablir des rapports cordiaux. Les excuses présentées et acceptées, nous quittons le marché. Puisse cette histoire nous servir de leçon.
(1) La soudure est la période qui précède les premières récoltes et où le grain (céréales) de la récolte passée peut venir à manquer. Généralement elle s'étend de juin à septembre.
(2) 460 euros ou 630 CAD
Fada N'Gourma
Communément appelée Fada, cette ville est la capitale de la région de l’est du Burkina Faso située à environ à 200 km de Ouagadougou et à 150 km des frontières nigérienne et béninoise. Au dernier recensement (en 2006), l’Institut national de la statistique et de la démographie du Burkina Faso comptait 41 785 Fadalais et Fadalaises parlant la langue locale gulmancema. Fada est notamment réputée pour son miel de fleurs de karité (fort en goût !!).
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