
Au Burkina Faso, la notion de jeune (1) est souvent reliée à la responsabilité de la personne et la valorisation des acquis et des connaissances, et se fait à travers l’expérience de vie. Dans une société encore fortement marquée par les traditions et la gérontocratie, le point de vue décisionnel des jeunes reste faiblement pris en compte et l’implication de la jeunesse dans les stratégies et politiques de développement national est loin d’être systématique (comme le mentionne pourtant la charte africaine de la jeunesse ratifiée par le Burkina Faso en 2008).
La politique nationale élaborée en 2008 sous l’égide du Ministère de la jeunesse et de l’emploi prévoit une plus grande implication des jeunes dans la vie de la nation, notamment à travers le renforcement des organisations de la société civile. Seulement, les initiatives mises en œuvre restent minimes et souvent inadaptées aux besoins exprimés par les jeunes. Les budgets pour les activités liées à la jeunesse restent difficiles d’accès et souvent contrôlés par l’État. Il est à noter également le risque latent d’instrumentalisation des jeunes et de récupération politique.
En plus de ces difficultés, la jeunesse burkinabè doit faire face à une autre problématique majeure : le niveau de chômage croissant chez les jeunes.
Cette tendance s’inscrit dans un contexte mondial où il est estimé que le taux de chômage mondial chez les jeunes a atteint son plus haut niveau jamais enregistré et qu’il devrait continuer d’augmenter selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié à l’occasion de la journée internationale de la jeunesse le 12 août 2010 (2).
Selon les données de l’ANPE Burkina, environ 75% des chômeurs en milieu urbain sont des jeunes de 15 à 29 ans et près de 60% des jeunes de cette tranche d’âge n’ont jamais eu d’emploi rémunérateur.
Dans les économies en développement comme celle du Burkina Faso, la vulnérabilité des jeunes s’exprime en termes de sous-emploi et d’accroissement de la pauvreté.
Il est estimé que d’ici 2015, 140 000 personnes arriveront chaque année sur le marché du travail pour seulement 20 000 emplois créés (3). De plus en plus de jeunes diplômés sortent des universités sans possibilités de trouver un emploi décent. Ils sont sur qualifiés pour les postes qu’ils occupent ce qui engendre un découragement chez les jeunes compromettant leurs perspectives d’avenir et d’emploi futur et dans certains cas un prolongement de l’inactivité. Les conséquences sont aggravantes : augmentation du nombre de jeunes travailleurs bloqués dans une situation de pauvreté et multiplication des impacts socio-économiques néfastes (prolongement du cycle de pauvreté au travail, précarité, oisiveté, insécurité/instabilité sociale et économique, etc.).
Également, la croissance du secteur informel est un problème majeur qui ne favorise pas une économie durable et qui maintient les jeunes dans une situation de précarité, sans aucune garantie.
En Afrique subsaharienne près de 60% des jeunes vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 2$/jour) et plus de 33% vivent sous le seuil d'indigence (moins de 1$/jour). (4)
La pauvreté ne se mesure pas uniquement sur des bases économiques.
L'accès à l'éducation et à la santé, les conditions de vie, l'accessibilité à l'eau potable et la qualité de la nutrition sont autant d'indicateurs qui reflètent la pauvreté des jeunes.
Plus de 20% des jeunes filles âgées de 15 à 24 ans sont sous-alimentée ce qui a pour conséquences une mauvaise santé physique, une fragilité face aux maladies, une difficulté pour les jeunes mères d'allaiter correctement leurs nouveaux nés.
Autre indicateur de pauvreté chez les jeunes, la surpopulation des ménages et la fragilité de l'habitat sont autant de facteurs qui rendent le jeune plus vulnérable. De même, plus de la moitié des jeunes n'ont pas accès à l'eau potable et connaissent donc des conditions d'hygiène qui ne sont pas favorables à leur épanouissement. De fortes différences existent entre la population rurale et urbaine. Au Burkina Faso par exemple, 47,5% des ménages urbains ne sont pas raccordés au réseau électrique et ne peuvent donc pas avoir accès à certains médias (internet, journaux télévisés), en zone rurale ce chiffre grimpe à 99% (5).
D’autres problématiques liées à la jeunesse burkinabè

Le manque de formation professionnelle et l’inaptitude à l’esprit d’entreprenariat, le faible taux de scolarisation supérieure (3,51% chez les hommes contre 1,22% chez les femmes), l’insuffisance des ressources financières et des bourses d’études, l’accès difficile au crédit, la discrimination envers les jeunes – plus marquée encore envers les jeunes femmes – en matière d’offre d’emploi (cela dû au manque d’expérience), la marginalisation et/ou l’exclusion de groupes cibles vulnérables tels que les jeunes handicapés, les jeunes de la rue, etc. En milieu rural, ces problématiques se trouvent accentuées par le non-accès aux terres cultivables, le manque de mécanisation agricole, la mauvaise organisation de travail, l’écoulement difficile des produits, le choix réduit des variétés culturales, etc.
La pauvreté dans laquelle se retrouvent trop de jeunes ne leur permet pas d'avoir accès aux outils nécessaires à un bon développement (logement, éducation, système de santé mais aussi loisir, culture, épanouissement physique) et ne favorise pas leur participation active dans la vie de leur société. C’est pourquoi, des organisations comme Oxfam-Québec se mobilisent pour tenter d’apporter une réponse à ces problématiques en choisissant d’axer leur intervention sur l’autonomisation des jeunes. Elles croient qu’en augmentant leur pouvoir économique (par la création d’entreprises et le développement du secteur privé) et en favorisant l’accès à l’information, cela aura une incidence directe sur la diminution de la pauvreté et du chômage et sur l’accès des jeunes aux services sociaux de base. A moyen terme, cela leur permettra d’augmenter leur pouvoir décisionnel au sein de la société.
Permettons aux jeunes femmes et hommes burkinabè de devenir des acteurs de changement engagés et avertis, garants de leur propre développement !
(1) Selon la charte africaine de la jeunesse, toute personne âgée de 15 à 35 ans est considérée comme "jeune"
(2) Sur les 620 millions de jeunes économiquement actifs, âgés de 15 à 24 ans, 81 millions étaient sans emploi fin 2009. Le taux de chômage des jeunes est passé de 11,9% en 2007 à 13% en 2009.
(3) Ministère de la Jeunesse et de l’Emploi, Politique Nationale de l’Emploi (PNE), décembre 2009
(4) Seuils définis par les Nations Unies
(5) World Youth Report 2007. Young People’s Transition to Adulthood: Progress and Challenges. UN, New York 2007
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