Aujourd’hui j’ai rencontré une Burkinabè, une femme de là-bas qui vit depuis 2001 au Canada. Cet échange interculturel faisait partie d’un programme de formation en vue du départ sur le terrain.
Du pratique au culturel en passant par le social, nous avons couvert bien des sujets de discussion. Le débat était intarissable. Évidemment, j’ai posé beaucoup de questions. Tout m’interpellait. Une chose a cependant éveillé ma sensibilité, une phrase.
Alors que nous parlions d’individualisme et de collectivisme, elle a dit ceci : « Vous là en Occident, vous naissez avec la solitude. » Et si c’était vrai ! Si nous étions condamnés à vivre isolé, en exil du partage, dès notre première minute de vie, pouvons-nous changer ?
Elle a complété par un dicton qui dit que "le bois a beau durer dans l’eau, il ne peut pas devenir un caïman". Il faut comprendre que le caïman est un animal sacré au Burkina et que même si l’on s’adapte très bien à un milieu, on ne pourra jamais devenir comme celui né dans ce milieu.
Cet échange me rappelle une discussion que nous avons eue maintes fois – ma sœur et moi – sans jamais parvenir à nous comprendre : sommes-nous seuls dans la vie ?
Selon moi, certainement. Même bien entouré, nous avançons sur un chemin qui nous conduira vers une fin solitaire. Nous sommes seuls face à nos choix, à nos attentes, à nos convictions, à nos désirs, à nos aspirations, etc. Cela ne nous empêche pas d’aimer ou de vivre, de partager et d’échanger.
Est-ce par peur - ou parce que nous sommes jumelles donc unies par un lien qui ne peut être celui de la solitude, que ma sœur refuse de comprendre ce point de vue ?
Au regard de ces interrogations, est-ce un mal, une imperfection que de se sentir seul ? La solitude n'est-elle pas le contraire de l'isolement ? N'est-ce pas une "attitude" qui nous permet d'explorer ce qui nous habite ? Est-ce inévitablement une marque d’égoïsme, pire d’insensibilité ? Peut-on apprivoiser la solitude ?
Autant de questions pour lesquelles je n’ai que de vagues idées.
Il y a bien d’autres choses qui m’ont interpellé dans cet échange d'aujourd'hui. Notamment un proverbe burkinabè qui dit que quand tu arrives dans un pays et que les gens marchent la tête en bas, marche la tête en bas. Adopte d'abord l’attitude que tu observes pour comprendre après. Ne cherche pas être différent des autres même si tu l’es.
J’ai compris qu’il fallait que je m’attende à vivre cela : des situations où les gestes et le non-verbal ont une grande place dans la société.
Sur ce, je vous dis "Zaabré" ... en future burkinabè que je ne serai jamais ~_~
(1) Zaabré veut dire bonsoir en mooré (langue parlée au Burkina Faso par l'ethnie Mossi).
La maladie m'a fait connaître la solitude même s'il y avait toute ma famille et mes amis autour de moi, mais au grand jamais je me suis senti isolé.
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