En général, je ne me souviens pas de mes rêves. Et si je m'en souviens, je ne les raconte pas, pour n’ennuyer personne. Mais cette nuit-là, celle qui a suivi la mise en ligne de mon premier billet, celle du 1er janvier 2010, je me suis réveillée avec la sensation angoissée qu’une tarentule galopait de mes pieds à ma tête. Alors qu’elle m’empoisonnait avec son venin, mes yeux se sont ouverts, affolés, ne sachant plus vraiment où j’étais. En Afrique je crois.
Ce rêve a fait suite à la question que je me posais : « Comment se sent-on à la veille d’une expérience qui vous transportera à mille lieux de votre quotidien et de vos habitudes, qui mettra à l’épreuve votre capacité d’adaptation et vous confrontera aux différences culturelles, promesses d’échange et de partage ? ». A l’image de ce rêve. Excitée, angoissée. Énervée, impatiente. Affolée aussi. Que me réserve l’Afrique ?
Inconscient, tu n’es pas là. Tu n'es plus là. Déjà là-bas. A errer en terre rouge. A fouiller dans mes souvenirs les quelques mots que j’avais gribouillés sur une feuille de papier, en février 2007 quand je suis allée en Afrique de l’ouest pour la première fois, pour la seule fois, quelques semaines seulement.
« Première fois, j’ai pas aimé. L’Afrique, le Bénin, la chaleur humide de Cotonou. Les "Yovos" de là-bas, les faux-riches et les vrais pauvres. Le choc des cultures et des civilisations. Impression de ne pas vivre dans le même monde, d’être loin de tout, perdue dans l’incompréhension de mes sens. Impatiente de découvrir, voir, sentir, toucher, goûter, vivre. Peur de mal faire, de blesser, de heurter avec des mots inappropriés. Malaise d’être ici. Sentiment honteux d’être "blanche". Impossible à dissimuler. Pourquoi ? Pourquoi me fais-tu cela, esprit ? Te poser des questions qui n’attendent pas de réponse. Tu crois connaître, tu ne sais rien. Tu manques d’humilité. Pourtant, après tous les voyages que tu as déjà accomplis. A quoi bon cacher qui tu es, une occidentale, avec l’étiquette qui vient avec.
Mais après. Après Cotonou, il y a eu Parakou, Ouagadougou, Niamey. Après la terre rouge du Burkina, il y a eu les touaregs du Niger. Je les envie. De vivre ainsi. Avec la simplicité d’être ce qu’ils sont, des nomades. Avec rien, avec tout. Avec le sourire. Et la joie de vivre. »
Inconscient, je te laisse explorer l’immatériel de mes pensées pour arriver au Burkina l’esprit apaisé. J’en ai fait du chemin depuis 2007. Dans ma tête et dans mon cœur. Une révolution que Matthieu Ricard pourrait appeler une "révolution intérieure". Une autre fois peut-être, on en parlera. Pour l’instant, je préfère rester sur le sujet qui m’inspire, l’Afrique. Pour cette deuxième fois, je veux te voir différemment. Prendre le temps de te connaître, le plaisir de te découvrir. Te décortiquer, te sentir, te humer, te savourer. En attendant, tu trottes dans ma tête. La nuit, en rêve.
Souvent, les plus beaux moments d’un voyage sont ceux qui les précédent, faits d’attentes et d’impatience, parfois déçus. Piège d’une imagination qui nous projette dans un monde irréel. Pour ce que je m’apprête à vivre, j’essaie de ne pas l'anticiper, de me placer en spectatrice de mes idées heureuses. Je les observe. J’entraîne mon mental à les accueillir. L'exercice n'est pas facile mais presque "jubilatoire" quand on saisit LE moment.
Je veux profiter, de chaque instant qui m’est donné, me contenter de la vie telle qu'elle est, aujourd’hui, maintenant. Je veux saisir chaque image pour ne pas les laisser aller, pour qu’elles voyagent avec moi. Et si mon esprit vogue dans des contrées lointaines, mes deux pieds sont à Montréal; cette ville que j'aime. Sans raison particulière. C’est peut-être justement pour cela que je m’y sens bien. Je marche dans les rues et je suis heureuse. Cela a pour effet que les gens me sourient, gentiment, presque amicalement. Je me disais qu’on devrait essayer ça de temps en temps, le bonheur éphémère. Pour adoucir la vie, et les visages.
Et si j’ai besoin de changement pour évoluer, besoin de mobilité pour saisir le monde qui m’entoure, cela ne signifie pas que je renonce à la stabilité. Bien au contraire. Toujours à la recherche de la constance et d’un certain équilibre.
Beaucoup de personnes peuvent vous aider à cheminer vers cela, la compréhension de soi, mais une seule est vraiment capable de comprendre qui vous êtes : vous-même.
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