J’ai suivi un atelier la semaine dernière sur l’efficacité culturelle. La section 6 portait sur l’adaptation en pays d’accueil schématisée par une courbe de hauts et de bas.

De vraies montagnes russes. Voilà ce que je m’apprête à vivre ces deux prochaines années : une série d’émotions allant de l’excitation à la remise en question. Une femme avertie en vaut deux. Un lectorat averti en vaut-il deux ?
Je partage ces informations pour que vous saisissiez avec justesse la nature de mes interventions ces prochaines semaines. Rassurez-vous, le cours précise que « l’intensité de ces émotions varie selon les individus, tout comme la durée de chaque étape ».
J’en suis donc à l’étape pré-départ. Je termine une formation de neuf jours sur différentes thématiques : égalité entre les sexes, gestion axée sur les résultats, approche partenariale et bien d’autres ateliers très intéressants. Je complète mes visites médicale et dentaire, mes formalités pré-départ (déménagement et entreposage), etc. Je suis donc encore là, ici, à Montréal. Et pourtant, comme je vous le disais, je me sens en lune de miel. Je ne sais pas si c’est l’impatience d’être là-bas, au Burkina, ou le simple fait d’être bien avec moi-même mais je suis sur un petit nuage teinté d’une certaine conscience. Je n’appréhende pas de devoir redescendre pour me « confronter » au choc culturel. Je vis le temps présent avec les impressions du moment.
Mais aujourd’hui, je ne suis pas à l’aise de publier ce billet. Je me sens "égoïste" de penser à mon petit bonheur dans un contexte que l’on connaît tous, celui de la tragique histoire d’Haïti.
Parler de lune de miel et de bien-être quand des millions de personnes souffrent de détresse et de désespoir d’avoir tout perdu sauf la foi peut-être.
Et puis je me dis que ça n’enlève rien à ma compassion et à ma solidarité avec un pays que j’ai rencontré il y a quelques années; un pays qui m’avait laissé l’impression de n’être que le bidonville d’un riche continent; un pays que j’avais mal jugé parce que j’étais en colère. Je revois ces rues déjà appauvries par la misère mais aux visages encore souriants. Je revois les marchandes de légumes et les tap-tap colorés. Qu’en est-il aujourd’hui ? Je ne sais pas. Je vois seulement des images de destins brisés.
Alors je prie. Je souffre avec. Je ne peux faire que ça.
J'ai envie de me souvenir de ces images.


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